Voilà une œuvre qui porte bien son titre, Une Vie Simple, c'est ce qui est mise en scène par Ann Hui, racontant la vie d'une femme servant une riche famille depuis 4 générations, et en particulier les liens avec le dernier représentant de celle-ci.
Ce sont deux personnes simples qui intéressent sa caméra, avec des rôles qui vont vite s'inverser avec les attaques cérébrales subies par la servante. C'est alors que sont abordées des thématiques comme la vieillesse, la perte du corps, les liens, simples, entre deux êtres ou la compassion, des sujets que l'on rencontre régulièrement. Pourtant, ce qui s'apparente au simple déroulement de la vie n'est jamais traité avec facilité, pathos ou caricature, et c'est là qu'Une Vie Simple prend une dimension particulière.
La justesse d'écriture laisse place à une caméra qui s'efface derrière les deux protagonistes et si celle-ci n'est jamais vraiment stable, elle permet aux spectateurs de s'imprégner d'une atmosphère particulière. Celle-ci est teintée de mélancolie, d'un certain fatalisme face à la vieillesse et dégage de réelles émotions. La sobriété devient touchante, la compassion n'est pas morbide, il n'y a pas de voyeurisme non plus, juste deux personnages face à la vie, leurs propres sentiments et ce qui a été construit après tant d'années à se côtoyer.
C'est par de simples regards que l'émotion va se créer, des petits gestes qui en disent bien plus que n'importe quel mot, et deux personnages attachants qui vont se découvrir autrement alors qu'elle entame le crépuscule de sa vie. La vision du quotidien permet aussi à Ann Hui de capter d'autres sensations, des petits moments plus légers (le twist en maison de retraite ou la découverte du dernier plat cuisiné par Chung Chun-to). Enfin, Une Vie Simple doit aussi sa réussite à deux remarquables comédiens, Deannie Yip et surtout Andy Lau, tout en sobriété et d'une grande justesse.
Ann Hui propose avec Une Vie Simple une œuvre aussi juste que touchante, abordant des thématiques de vies, parfois fatalistes, souvent dures ou même simples, avec émotion et tendresse envers ses deux protagonistes socialement et physiquement opposés, que la cinéaste hong-kongaise dirige avec intelligence et sensibilité.