Cinéphile des villes vs spectateur des champs
L'humour au tout premier degré n'est pas anticonstitutionnel, que je sache. Si ça venait à être le cas, je ferais de la résistance active en riant encore plus fort aux scènes délibérément crétines de "Vive la France".
Exemple: au début de l'histoire, quand le duo d'apprentis terroristes pose le pied sur le sol français (ou presque, puisqu'ils débarquent en Corse !) et qu'il se fait enlever par des indépendantistes-plastiqueurs cagoulés, il n'y a aucun gag, aucune finesse à la Woody Allen, rien que de l'effet comique brut et primaire; pourtant, j'ai ri aux éclats comme quand j'étais gosse à la récré, et j'ai donné des grands coups de coude dans les côtes de ma femme, qui était aussi hilare que moi (pas étonnant qu'on se soit épousés). Nous n'étions ni souriants ni humorisants : juste heureux de se taper sur la cuisse au premier degré de la joie simple.
Certes, comme la plupart des films de ce type, il s'épuise peu à peu. C'est pourquoi, après avoir manqué de se pisser dessus au début, on peut sans regret aller aux toilettes durant la scène finale. Entre les deux, on a quand même bien rigolé, les gars ! Comme quand, au premier degré de notre enfance, nous jouions à celui qui, primus inter pares, parviendrait à bombarder d'urine le papillon butinant au ras des pâquerettes.
Mouais... C'est peut-être ce qui explique que "Vive la France" puisse divertir le spectateur rural davantage que le cinéphile urbain, dont l'éducation au rire a été dissociée de la maîtrise excrétrice (un art remontant à loin, que les petits mâles apprennent sur le pré). Affligé depuis sa naissance d'un déficit environnemental en papillons et en pâquerettes, le jeune cinéphile des villes, lui, n'a pas pu s'exercer à cet "effet papillon" qui pousse à rire de bon coeur d'une nigauderie sans prétention philosophique.
En somme, c'est une attitude culturelle, de laquelle personne ne sort vainqueur ni vaincu. Juste un qui se pince le nez quand l'autre rit sans chercher la subtilité.
Je crois bien que c'est ça, "Vive la France". Allez, ça mérite qu'on garde le film jusqu'à la visite de nos grands garçons, parce que ça serait bête que leurs enfants, sous prétexte d'être destinés à Oxford ou Cambridge, ne sachent plus rire simplement en visant et en aspergeant une libellule ou un bourdon au ras des pâquerettes.