L'art n'excuse pas tout
("écrite" 22/12/2014; modifiée 18/04/2018 puis 24/02/2021)
Damien Chazelle a confirmé en interview que ce qu'il voulait montrer par ce film est que
1) "certes ce genre de méthode marche",
2) "que ce genre de prof existe",
3) "mais que ça ne vaut pas le coup" de s'embarquer.
Et c'est faux,
1) Ce genre de sévices ne marchent pas,
2) ce n'est pas un "prof" (ou coach) mais un des pervers qui en effet existent,
3) et en effet, ça ne vaut pas le coup, sauf si maso et volontaire...^^
Chazelle suggère donc bien que cette méthode peut "marcher" pour tirer le meilleur d'un ado: c'est faux, criminel et même illégal. C'est pourquoi je le rapproche du film et personnage dans Saw où le gore serait ici remplacé par une torture plus psychologique.
C'est un film adroit sur le forme et maladroit sur le fond qui présente le harcèlement, l'insulte et la
violence macho comme possible/potentiels outils pédagogiques pour tirer le meilleur des meilleurs.
Est-ce la méthode que le réalisateur et producteurs ont choisie pour manager leurs équipes de tournage et obtenir ce bon montage et acteurs? ^^
L'ado me semble souffrir d'une sorte d'emprise ou de 'syndrome de Stockholm' (l'empathie que ressentent parfois les otages envers leur bourreau). .
L'art n'excuse pas tout:
Il n'excuse pas de filmer complaisamment des agressions d'ados en position fragile car en formation qui veulent apprendre et plaire à leur figure d'autorité. Ou de filmer complaisamment des visages d'étudiants en train de recevoir des insultes homophobes, antisémites et des claques par un pervers en position de force.
A aucun moment, le réalisateur Chazelle ne laisse entendre qu'il porte un jugement moral sur les agissements coupables de son psychopathe.
Pire, il semble lui porter de l'admiration, oubliant la souffrance et même les suicides qu'il provoque.
Suicide dont le coupable est d'ailleurs à peine puni. Ce qui j'espère, sans grand espoir, n'est pas réaliste: il ne perd que son job mais il est laissé libre de jouer dans un piano bar, d'avoir un autre groupe et d'organiser sa vengeance sur une des ses anciennes victimes!?!
Jamais n'est expliqué que ça n'a rien à voir avec la pédagogie, la volonté, la pugnacité, la ténacité ou la détermination. Le vrai travail.
Ce pervers est une insulte à tous les vrais mentors, coach et professeurs qui n'usent pas de violence et insultes et vengeance pour même meilleurs résultats.
Ce Fletcher est juste un détraqué qui a bousillé cet ado et tué un autre.
Je m'étonne que ce film ne soit pas interdit au moins de 18 ans comme tant d'autres car nos gouvernement dépensent une fortune en campagne anti-harcèlement: pour former et expliquer que non , ces méthodes ne "marchent" pas pour atteindre l'excellence. Or ce film et réalisateur le contestent sans vergogne en utilisant une anecdote bidon "de la cymbale lancée à Charlie Parker" (anecdote bidon qui continue pourtant à être répétée).
Jo Jones n'a jamais lancé de cymbale à la tête de Parker qui effrayé aurait alors répété avec plus de force et motivation.
Whiplash est plus que maladroit mais dans un bel écrin: son montage (justement récompensé par un Oscar à Tom Cross, pas àChazelle) et son interprétation éblouissent ceux qui ont une cataracte morale.
Il n'est qu'un film où un plus vieux pervers rasé en position de force inflige à des ados des insultes homophobes, antisémites et des claques!
Et veut faire croire à tort que ça peut marcher pour atteindre l'excellence""
(...et je n'ai même pas parlé de la manière sournoise dont le père est présenté comme une faible lopette parce que poli et gentil et donc co-responsable de la non amélioration du prodige)
"L'ambiance Whiplash":
24/02/2021, sous le texte d'un autre membre:
__Rémi Bienvenu me confirme que "... cela a généré des malentendus à propos des écoles de musique: certains ados, souvent mâles, installent à nouveau une sale ambiance, comme une caricature de la première année de médecine, avec gourous en plus.
On dirait que si "l'ambiance whiplash" n'est pas là, l'école est ressentie comme moins sérieuse. Darwinisme de droite, erreur très classique."
__Boris Vilar me fait rattraper cet amusant court podcast au sujet de 'First man':
"Damien Chazelle c’est un peu le Macron du cinéma américain" (Murielle Joudet