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ZODIAC, David Fincher (2007) :
Le journalisme comme témoin cybernétique
« L'évènement témoigne moins pour ce qu'il traduit que pour ce qu'il révèle, moins pour ce qu'il est que pour ce qu'il déclenche. »
Pierre Nora, L'évènement monstre
Film central de sa filmographie, Zodiac témoigne à plusieurs égards de l'enfance de David Fincher. D'abord, il fut l'un des enfants menacés par le tueur en série, et plus tard fut totalement influencé par le cinéma paranoïaque des années 70 dont on retrouve des liens et occurrences dans son long-métrage. Là où Seven s'attachait principalement à la figure du tueur comme incarnation du mal, Zodiac s'en éloigne pour traduire des considérations plus sociétales, et fait alors du journalisme un axe fondamentale de son film. Ainsi, Zodiac peut être vu comme explorant la dimension cybernétique de la société : la double problématique du contrôle et de la communication.
Fincher livre ici un film dossier, très dense, rappelant JFK d'Oliver Stone (pour Frederic Jameson, l'assassinat de JFK marque le début de notre modernité médiatique). Le tueur Zodiac devient dans le film la métaphore du système médiatique dans son ensemble, et alors, le protagoniste Graysmith devient celle de la méthode pour faire face à cet excès d'informations. En effet, le jeune dessinateur est le Némésis du Zodiac, il le décode, le révèle.
Mais contrairement aux films des années 70, on assiste à un inversement de la paranoïa, du haut vers le bas ; Zodiac met en scène un « bas » technophile et surtout devenu autonome. Selon Marshall MacLuhan, chaque bond technologique induit un changement d'échelle. Surgit alors un problème de contrôle, doublé d'un soucis de communication entre les différentes instances en jeu. Dans ce monde au pouvoir décentré, tout fonctionne dans l'illusion d'une maitrise, d'un contrôle : le tueur en est l'illustration même, il n'est absolument pas un super tueur (et pourrait être n'importe qui), mais les lacunes de contrôle et de communication ont permis aux évènements de se dérouler comme si c'était le cas. Dès lors, les journalistes et le cartooniste (qui par définition synthétise) sont la clé ; leur démarche vise à tisser de l'ordre, à créer de la lumière, à dessiner le réel.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Cthulhu Awards : top 10 2007, Les meilleurs films de David Fincher, Les meilleurs films sur le journalisme et Complément à mon top 10 (Films)
Créée
le 2 avr. 2013
Critique lue 351 fois
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