Critique dénuée de toute discussion sur le désastreux lancement du produit et ne concernant que la version PC. La critique a également été mise à jour au début 2026 pour prendre en compte les patchs et le DLC, Phantom Liberty, noté par ailleurs sur le site.
Tout d'abord, je vous préviens, je ne m'attendais à rien de plus qu'un Witcher 3 électrique. C'est déjà une belle prouesse d'être comparé à ce chef d'oeuvre auquel je n'ai pas hésité à mettre 10/10, mais on n'attendait pas moins de CDPR.
NB: la critique est trop longue? Courrez à la conclusion directement!
Scénario
Il est prenant. On incarne V, un mercenaire du futur qui a un petit souci de dédoublement de personnalité avec une rockstar du passé, Johnny Silverhand. La manière dont est vécue la coexistance des deux personnages est assez facile: la rockstar apparaît lorsqu'elle a quelque chose à dire. Ce qui n'est pas complètement déconnant puisqu'elle est numérisée et que V a des yeux cybernétiques. En tout cas, le choix de CDPR d'engager un véritable acteur (Keanu Reeves) pour jouer Silverhand fait mouche: sa personnalité est très fine et le niveau d'écriture est excellent.
Le DLC Phantom Liberty est tout aussi bien écrit, voire même encore mieux écrit que l'histoire principale. Les retournements et dénouements de cette histoire sont poignants et le DLC offre même le luxe de donner une fin supplémentaire à la trame principale.
Quant à l'univers en lui-même, il est extrêmement cyberpunk, tout en restant au-deçà de ce que ça aurait pu être. Il souffre de la comparaison avec Deus Ex, dont les développeurs s'inspirent largement. Tout est désespérément pessimiste dans l'univers de Night City, la ville dans laquelle se déroule l'action à un point qui frôle le parodique. On aurait apprécié un poil plus de "futuriste" histoire d'être vraiment dans le bain.
Sur le coup, le DLC rajoute Dogtown, toute un quartier de Night City sous le joug d'une junte militaire. L'ambiance est aux petits oignons et parfait la ville.
Le scénario principal n'a qu'un seul défaut: il est bien trop court! Après 40 heures en jouant très, très doucement, j'avais déjà fini la quête principale. A titre de comparaison, The Witcher 3 m'avait pris 90 heures, sans les DLC. Il est difficile de s'attacher à un personnage et à une histoire en monde ouvert et où il existe des choix en si peu de temps et bien que ça ait marché pour moi, je pense que j'aurais vraiment pas les mêmes souvenirs que dans The Witcher.
Heureusement, le DLC rajoute une quinzaine d'heures bienvenues et on arrive à s'attacher à ses personnages.
CDPR est aussi connu pour la possibilité de flirter avec certains personnages triés sur le volet. Tous ces PNJ ont une personnalité bien dosée, des dialogues bien pensés et une plastique mémorable. Cependant, puisque l'histoire est courte, leur flirt aussi et je trouve qu'on n'a pas le temps de s'attacher à l'un ou à l'autre que je le jeu propose déjà la dernière mission annexe liée au personnage. Notez une possibilité de flirt pour chaque orientation sexuelle.
Graphismes
C'est sûrement le point le plus dur à noter. En effet, vu qu'il faut une machine de titan pour espérer en tirer le meilleur, j'avais personnellement la plupart des taquets en moyen ou faible mais à une résolution 1440p (au moment de cette critique mon matos était: i5 7600K, GTX 1060 6GB et 12 Go de RAM sur un écran 27"). Il doit être possible de jouer sur une machine moins puissante, mais même là j'étais jamais à 60 IPS. Malheureusement ça entraînait quelques artéfacts graphiques, surtout au niveau des reflets et des ombres. Crysis, tu as trouvé ton héritier.
Maintenant que je suis passé sur une RTX 3070, je profite un peu plus des graphismes. C'est bluffant, je m'y croirais. Mais je ne reste pas au maximum de ce que le jeu propose, je n'ai pas encore un code de triche pour l'argent infini DLVV.
Par contre, mis à part ces problèmes en cas de graphismes inférieurs, le jeu reste sublime, le niveau de détail jamais vu auparavant (mais qui modélise les triangles de suspension des voitures hors d'un simulateur de course??), les personnages souvent crédibles, rien n'est laissé au hasard ou presque. C'est un véritable travail de fourmi qui a été fait sur les graphismes, mais avec quelques erreurs grossières tout de même, par exemple lorsqu'il s'agit de modéliser de la nourriture avec l'horrible burger ou les frites tout en pixels de Deus Ex. 1999.
Jouabilité
C'est bien simple, c'est The Witcher électrique et à la première personne. Vous vous souvenez de Skellige et sa myriade de points d'interrogations partout? C'est pareil ici. Il y en a tant qu'on est submergé. Et on est très vite submergé! La fliquette qui nous donne du boulot par téléphone n'arrête pas dès le début du jeu, si bien qu'on en vient à se demander si on ne peut pas la bloquer (à force de patchs, il est maintenant possible d'éviter ses appels, j'ai été prophétique). Il y a des possibilités de sauver des gens à tous les coins de rue, d'aider la police ou bien encore de suivre une quête annexe parfois complètement débile ou souvent assez banale mais cohérente avec l'univers du jeu.
En ce qui concerne la maniabilité, elle n'est pas bien différente de The Witcher non plus. J'ai vraiment l'impression que taper à l'épée d'argent se passe de la même manière que de taper avec un katana du futur. Bon après, l'arbalette de Geralt n'avait pas beaucoup d'intérêt en comparaison avec les pétoires de V.
Le mini-jeu de "hack" n'a aucun intérêt et ne peut pas vraiment être raté, ce qui est dommage. Là aussi, Cyberpunk 2077 souffre de sa comparaison avec les Deus Ex de Square Enix, qui pourtant ne brillaient pas particulièrement sur ce point.
Le jeu offre la possibilité de jouer en infiltration. Et ici encore, c'est une sorte de mélange, à mi-chemin avec ce que proposent les Fallout 3D et Deus Ex (encore lui). Il est bien plus facile de s'infiltrer que dans un Fallout, puisqu'il est possible de marquer sur sa minicarte le cône de vision des gardes et caméras, mais il n'est pas possible de véritablement savoir si son cul ne dépasse pas de la caisse, ce qu'autorisaient les Deus Ex grâce à une vue 3ème personne lorsqu'il s'agissait de longer les murs. Les indicateurs de détection ayant été revus avec les patchs, l'infiltration est aujourd'hui plus aisée.
(MAJ 2026 ici) L'infiltration n'est plus inégale à cause de la minicarte. Celle-ci était désespérément trop petite au lancement et ne permettait pas de repérer si le garde qu'on avait marqué derrière le mur regarde dans notre direction ou non. C'était aussi valable en conduite: on manquait tous ses virages avec l'ancienne minicarte. En 2026, celle-ci est désormais très lisible et utilisable. L'infiltration se passe comme prévu et le guidage en véhicule se déroule sans trop de heurts.
Parlons-en, de la conduite. Elle rappelle Ablette, le cheval de Geralt (Roach pour ceux qui ont joué en anglais), mais sans son pilotage automatique sur les routes (au lancement, aujourd'hui il y a une fonction pilotage automatique!). D'ailleurs appeler son véhicule à soi fonctionne exactement comme dans The Witcher: la bagnole peut apparaître n'importe comment. Ablette sur les toits vous manquait? Voici la voiture catapultée en haut d'un gratte-ciel. Et la maniabilité est pas mal foirée, ce n'est vraiment pas sur la conduite que vous allez vous amuser. Ce point a été un peu revu et c'est un peu mieux.
Conduire dans Night City reste le moyen parfait d'admirer le travail des devs concernant la ville.
La sensation de tir est correcte, sans plus. Je dirais juste un chouilla plus satisfaisante que dans GTA V. Ce qui est dommage, à l'heure des Borderlands, c'est que toutes les armes de Cyberpunk sont désespérément banales, même si elles sont toutes des créations originales pour le jeu. Les différents Patchs et DLC ont amélioré le ressenti des armes et c'est tant mieux.
En ce qui concerne le pan "jeu de rôle" du jeu, il emprunte beaucoup à la fois à Fallout et Deus Ex. La création du personnage est correcte, l'arbre de compétence assez pléthorique avec des dizaines de compétences à débloquer avec l'expérience, un peu comme dans un Fallout édulcoré. Par contre, là où ça devient intéressant, c'est que ce système de JDR est annexé à une possibilité d'améliorations cybernétiques à la Deus Ex, qui viennent parfois carrément rajouter des compétences nouvelles.
Dans ce petit mélange, CDPR a clairement pompé un peu de Fallout, un peu de Deus Ex, ce qui fait que les deux sont moins bons, mais on a les deux. Le problème est qu'on en espère plus.
Toujours concernant le côté jeu de rôle, il y a les éternels ennemis à barre de vie et à niveau, ce qui ne change rien aux recettes de JDR modernes, The Witcher en première ligne. Il y a aussi les éternels objets à statistiques aléatoires, un peu comme dans Borderlands, ce qui fait que malheureusement on a tendance qu'à ne regarder que le gros chiffre "DPS" en haut de la fiche pour faire son choix, alors que l'idée de pouvoir rajouter des modules à ses armes pourrait tout changer. Mais non, ce ne sont que des améliorateurs de chiffres tout tristes. Je crois que, personnellement, j'ai passé les trois quarts de ma première partie avec un seul flingue bien plus puissant que les autres parce que j'ai dû passer à un endroit où je ne devais pas et que ledit flingue n'était pas limité en niveau.
En 2026, exit les niveaux pour les armes. Elles ont juste un degré de rareté et il est très difficile d'avoir une arme légendaire en début de partie, tout comme en fin de partie il est rare de trouver une arme banale. Cette évolution bienvenue permet donc à V de se servir de toutes les armes qu'il ou elle trouve, sans limitation de niveau et c'est vraiment un bon point pour l'immersion. On se sent bien de plus en plus fort avec le temps, sans pour autant que ce soit fait artificiellement.
Finalement, dernier point JDR, le jeu permet des discussions à choix multiples, qui ne sont finalement qu'une seule et même discussion. Peu de choix, lors des conversations, importent vraiment et on se rapproche de l'écriture d'un Fallout 4, mais sans la possibilité d'être aimé ou détesté par un groupe (comme dans New Vegas), ce qui rend les dialogues peu risqués et donc tristement fades. Mais bon, c'est aussi ce que proposait The Witcher. C'est un peu moins vrai pour la trame de Phantom Liberty.
Ressenti général
Très humblement, je pense que ce jeu tend vraiment vers le cinéma. CDPR a recruté une star holliwoodienne pour Silverhand et une autre pour Reed dans le DLC, les doublages vocaux français sont parfaits, la ville est magnifique, les détails foisonnent, les quêtes sont intéressantes voire passionnantes, le scénario crédible même si pas mal tiré par les cheveux, la sensation de liberté est là alors que tout est scripté.
Lorsque je me balade dans Night City, je prends même parfois le temps de marcher et de ne pas activer la touche de sprint. Juste pour admirer ses habitants, son architecture, écouter les discussions qui surgissent ça et là. Très rarement un jeu me plonge plus que ça dans son ambiance. Cette sensation perdure même six ans après le premier lancement du jeu, une prouesse.
C'est d'ailleurs la première fois, dans un jeu vidéo, que je suis bloqué dans un embouteillage crédible ou que je dois difficilement me frayer un chemin dans une foule. Là, on a vraiment l'impression de se balader dans une ville animée. Et lorsqu'on trouve un point d'altitude pour admirer Night City, on reste souvent quelques minutes pour scruter les décors.
Par contre, à l'heure actuelle, le jeu reste truffé de bugs. Je n'ai eu qu'un seul bug blocant m'obligeant à relancer le jeu pour repartir, mais la plupart des bugs sont des problèmes de collision entre des personnages et le décor. Heureusement, ces anomalies sont plus souvent drôles que gênantes. En 2026, j'ai eu beaucoup moins de bug à noter. Toujours la voiture qui explose à l'apparition, un classique de CDPR, mais sinon très peu de bugs à voir.
Les développeurs ont aussi passé un temps immense à fourrer Cyberpunk 2077 de clins d'oeils. J'ai pu compter des dizaines de références à la pop culture dans le jeu. Alors c'est rigolo, ça brise un peu le quatrième mur, mais je me demande si c'est vraiment ce que je cherche dans un jeu qui se veut sombre et pessimiste. Un clin d'oeil, de temps en temps et comme le font souvent les développeurs modernes, c'est chouette. Par contre, trop souvent, ça fait un peu Reddit en roue libre.
A titre d'anecdote: le jeu fait un super travail en ce qui concerne la garde-robe. Il est possible de faire un défilé de mode rien qu'avec le jeu.
Conclusion
Et j'ai eu mon The Witcher électrique, mais en bien trop court! Un jeu qui veut tout faire, comparable à la fois à GTA, Fallout et Deus Ex, mais qui se vautre dans on désir de satisfaire d'abord les yeux et d'en faire un jeu ensuite. Et c'est d'autant plus malheureux que le jeu n'est pas optimisé pour toutes les machines, ce qui fait que seule une poignée d'élites pourra se payer le plaisir de voir le jeu sous son meilleur jour. Cette critique est moins valable aujourd'hui: le jeu est mieux obtimisé et le matos s'améliore inexorablement.
Je concluais en 2020: "Rien n'est vraiment raté, mais il ne brille nulle part non plus. Je ne le déconseille pas cependant: CDPR a réussi à créer un univers crédible et j'ai bon espoir qu'il serve de base solide pour d'autres jeux par la suite, surtout grâce à ses futurs DLC". En 2026, après la sortie de l'unique DLC, j'ai la sensation douce-amère que le jeu est aujourd'hui ce qu'il aurait dû être en 2020 et en même temps que le lancement catastrophique a empêché la création de plus de DLC, ce qui est dommage étant donné le haut niveau de Phantom Liberty. Je rajoute en 2026 +1 à ma note, le jeu étant aujourd'hui un grand jeu qui mérite qu'on y joue.