Me voici dix ans trop tard. Je m’estimais pourtant fan de Bioware grâce à leur travail sur la saga Mass Effect. J’avais déjà même découvert la saga Dragon Age au travers de son dernier opus – Inquisition – qui, s’il s’avérait bon, était également trop long et répétitif pour ce qu’il proposait. Or se partageait déjà une opinion toute dominante concernant l’autre saga phare de ce studio : Dragon Age Origins constitue de loin son meilleur représentant. En cette belle fin d’année 2019, je me suis finalement lancé dans cette épopée, tout fan de fantasy et de jeux de rôle que je suis.
À première vue, Dragon Age Origins dévoile un monde fantasy de plus conventionnels : l’univers est partagé entre plusieurs races parmi lesquelles nous comptons les habituels Humains, les plus puissants et répandus, les Elfes, partagés entre une société dans les bois et une recluse dans des quartiers pauvres comme immigrés (un aspect comparable à The Witcher) et les Nains, dont le gros de la société est terré sous terre. À cela s’ajoutent les Qunari, race « originale » de cet univers, peu mis en avant par rapport à leurs homologues. Nous notons également une présence assez importante de magie tel qu’on se la représente habituellement dans le genre (boules de feu, jets de foudre et autres sorts de glace) ainsi que l’habituel trio de classes Guerrier/Voleur/Mage pour rester fidèle à l’esprit Donjons et Dragons. Néanmoins, comme l’ont si judicieusement affirmé de nombreuses personnes, ce n’est pas tant l’originalité qui importe, plutôt l’écriture. Et en ce sens, Dragon Age Origins maîtrise à fond son concept.
Le scénario se veut simple : que vous soyez noble ou pécore, que vous soyez une femme ou un homme, que vous soyez humain, nain ou elfe, votre objectif demeure semblable . Éradiquer l’engeance (sorte d’orcs et de gobelins) menée par un archidémon (sorte de dragon), portant le titre de Garde des Ombres. Personnellement, j’ai choisi d’incarner un Nain roturier, car c’était mon opportunité d’enfin les jouer. Et je n’ai pas été déçu, car ces différents scénarios de départ contribuent à la rejouabilité. Toujours est-il que le déroulement du jeu, d’apparence linéaire, est d’une efficacité à ne plus prouver : rassembler les différentes actions pour combattre l’Enclin. L’immersion dans chacune d’elles était totale.
En cela résident la principale qualité du jeu : son lore, ou plus généralement son écriture. À l’instar de Mass Effect, un univers gigantesque et parsemé de détails est présenté au fur et à mesure de nos pérégrinations. Un codex bien fourni dévoile par surcroît les différentes légendes, l’histoire de chaque peuple, des individus à la collectivité. Entre l’exil et la ségrégation des Elfes, l’origine de la Chantrie, les castes naines, les divisions au sein des mages, l’Immatériel mes impressions d’Inquisition se confirment : l’univers de Dragon Age Origins est merveilleusement pensé.
Bien sûr, le scénario n’est pas en reste. Il se révèle hélas assez inégal, par exemple la partie chez les Elfes dalatiens est considérablement plus courte que le reste. Je dédie une mention spéciale au conflit politique chez les Nains, qui met en avant une mise en exergue plus que bienvenue pour une race souvent négligée en fantasy. Mais aussi à toute la partie à Dénérim, où le conflit politique est développé, point fort de ce jeu. Car à l’instar de The Witcher et de la Roue du Temps, une lutte d’apparence manichéenne est voilée derrière des combats d’intérêt portés par des personnages ambitieux, charismatiques et intéressants. Un tel aspect se retrouve renforcé grâce à des dialogues soignés (avec une petite mention pour la VF de qualité), qui nous immerge davantage dans ce monde fascinant.
Quelques commentaires sur les compagnons sont aussi nécessaires. Inquisition et la saga Mass Effect m’avaient déjà prouvé combien Bioware prête une attention toute particulière à leur développement. Or ici, une surprise de taille s’est présentée : chacun d’eux, ou presque, est susceptible de périr durant nos aventures. Il suffit d’un mauvais choix, d’une approbation un peu trop basse, et la catastrophe. C’est ainsi que, malheureusement, j’ai perdu un des miens, tandis que trois autres auraient aussi subi pareille fatalité si je n’avais pas rechargé mes sauvegardes. Pourtant bon nombre d’entre eux sont attachants, et j’ai même orienté mes préférences vers Morrigan, Léliana (présentes dans Inquisition), Alistair et Wynne, même si j’aimais aussi les autres. Au travers de discussions intéressantes, les possibilités s’ouvrent, et certains personnages mettent parfois du temps à dévoiler leur véritable nature.
Et tandis que je disserte sur le scénario et le background, j’en oubliais le gameplay. Celui de Dragon Age repose sur la stratégie, la planification de tactiques, la bonne gestion des différentes attaques et du nombre d’ennemis. Mais la difficulté se révèle plus corsée que dans Inquisition, ce pourquoi quelques moments de frustration ont jalonné mon parcours, ce qui m’a contraint à mettre la plupart du temps en facile pour profiter de l’écriture. Je reconnais toutefois l’audace et la pertinence d’un tel gameplay !
Parfois il est difficile de développer en quelques paragraphes une expérience de plusieurs dizaines d’heures de jeu. Un ressenti complet, certes personnel, mais partagé par toute une communauté de fans. Mieux vaut tard que jamais, dit-on ? Eh bien, je suis content de m’être immergé dans les origines de Dragon Age.