Petite perle du milieu indé ayant percé grâce au financement participatif, Jotun m'a tout de suite accroché par sa thématique. Grand amateur de culture et mythologie scandinave, je désespérais depuis des années de mettre un jour la main sur un jeu qui rende un véritable hommage aux Vikings sans les tourner en dérision.
Jotun nous permet ainsi d'incarner Thora; une guerrière nordique qui n'a pas eu l'honneur d'une mort glorieuse au combat. Elle se voit ainsi offrir une seconde chance de prouver sa valeur aux dieux en affrontant les puissants Jotuns; géants mythiques qu'il faudra terrasser pour gagner sa place au Valhalla. Le choix d'une héroïne en personnage principal est déjà suffisamment rare en soi, mais en voir une qui ne soit pas sexualisée à outrance tout en s'imposant comme une force de la nature, on peut dire que ça change. Thora a la carrure d'une ourse et manie sa hache avec la délicatesse dudit ursidé. Mais au delà du récit de cette combattante qu'on découvre au fil du jeu; c'est surtout les pans de mythologie disséminés ça et là qui font toute la force de la narration; un vrai régal pour les amateurs tels que moi. Narration d'ailleurs brillamment mise en valeur par l'idée de génie des développeurs de doubler leur jeu en Islandais, langue contemporaine extrêmement proche du vieux norrois qui était parlé à l'époque. Plutôt que de se contenter d'un doublage anglais ou français, ce studio canadien a pris un pari plutôt osé qui s'avère extrêmement payant en terme d'immersion; tout en prenant soin de disséminer les dialogues dans les phases de jeu les plus calmes pour ne pas lutter dans la lecture des sous-titres. Ces derniers ne viennent pas gêner l'action et inversement.
Outre la thématique nordique qui avait déjà tout pour me plaire; la direction artistique se permet d'en rajouter une couche avec des visuels purement grandioses. Décors et personnages comme animations sont semble-t-il fait à la main, avec une patte qui rappellera parfois l'âge d'or de Disney dans le style, mais se démarquera toujours en puisant son inspiration dans les mythes & légendes de cette culture si tragiquement sous-exploitée dans les médias. C'est beau à pleurer et sans cesse renouvelé. C'est bien simple, Jotun fait partie de ces jeux qui nous donnent l'impression d'évoluer en temps réel dans un dessin animé.
Question gameplay, le joueur n'est pas en reste, avec une alternance d'exploration paisible et de combats titanesques où le terme "épique" peine à rendre hommage aux proportions des affrontements. Très marqué par ses deux influences avouées que sont "Journey" et "Shadow of The Colossus"; le déroulement de Jotun propose au joueur de chercher des runes dans des phases d'explorations contemplatives, pour ensuite se mesurer aux géants complètements surdimensionnés qui voient en vous un simple insecte venu perturber leur tranquillité. Certains reprocherons d'ailleurs le manque d'activité dans lesdites phases d'exploration; puisqu'il s'agit en général de quelques énigmes simplistes et d'errances pour découvrir les runes qui donnent accès aux arènes mais aussi les autels des dieux débloquant des pouvoirs et les pommes d'Ithunn qui augmentent la vie du joueur. Ces phases ne proposent en effet que très peu de gameplay à proprement parler mais sont davantage dédiées au régal des sens avec des décors à faire pâlir les plus beaux Disney et quelques entractes mythologiques qui viennent ponctuer les vagabondages de notre héroïne; pour le plus grand plaisir des joueurs désireux de découvrir la mythologie scandinave. Certains y verront un défaut mais l'objectif avoué des développeurs sautent immédiatement aux yeux dès les premiers affrontement :
C'est littéralement le calme avant la tempête.
Après ces phases d'explorations sans difficulté qui ont mené le joueur à se laisser aller, viennent les affrontements démesurés contre les géants. Et là, tout de suite, c'est une autre paire de manche. Les Jotuns font plus de cent fois votre taille, peuvent faire d'un pas une esquive qui vous oblige à courir de longues distances pour les rattraper, leurs attaques sont dévastatrices là où les vôtres viennent à peine les égratigner. Tous ont leur propres styles et mécaniques de jeu; proposant chacun un challenge différent du précédent, avec pour unique point commun la démesure totale des adversaires qui imposent un sentiment d'impossibilité absolue très vite confirmé par les nombreux décès que vous essuierez dans votre quête. Mais le sentiment d'euphorie qui s'ensuit lorsque vous en venez enfin à bout est absolument grisant. Le challenge est clairement au rendez-vous et s'avère réellement proportionnel au gigantisme de nos adversaires.
Explorations comme affrontements sont accompagnés d'une splendide bande-son qui sonne toujours juste, aussi bien dans ses paisibles accords lors des phases de recherche que dans ses tonalités purement épiques lors des combats.
Jotun est donc un jeu qui vaut vraiment la peine d'être découvert, ne serait-ce que pour sa dimension artistique qu'il égrène dans tous ses aspects; le gameplay pourra en rebuter certains pour la passivité des phases d'explorations et l'extrême difficulté des combats; mais pour ceux qui sauront surmonter ces épreuves, c'est la garantie d'un voyage onirique et hautement gratifiant.