Il est des soirs d'hiver où la pluie bat à la fenêtre avec le jour qui tombe et la nuit qui se fait, où la longue fin du jour redevient enfance au miel et insouciance au chocolat chaud à la lumière chaude sur les couvertures douces. Il est des après-midi d'été où le soleil darde sur les murs blancs et rappelle un temps où nous étions heureux, entre une cartouche de Pokémon jaune et un hamac sous le cerisier. Et des matins d'automne où les feuilles rouges tombent au vent au ras de l'herbe au sol, des midis de printemps où les hirondelles chantent dans le fond du jardin et bercent nos cheveux longs.
Ces soirs d'hiver à la brillance moderne et accueillante des touches du clavier rétroéclairé, ces jours d'été à l'ombre d'une chambre aux fenêtres fermées pour laisser vivre la lumière de l'écran d'un Macbook, ces matins d'automne où le bois clair de la maison qu'on a construite réchauffe, et ces midis de printemps où l'herbe profondément verte rappelle la fin qui commence à sonner dans le ventre, il y a des instants où nous sommes animés d'une profonde tristesse, ou bien d'une profonde poésie, ou bien d'une profonde joie.
Les instants de tristesse, on ouvre alors les portes d'un monde nouveau dans Minecraft. Il y a des fenêtres en verre sur des maisons en bois par lesquels la pluie pleut, et des torches pour éclairer les chemins sous la terre où on se laisse surprendre à creuser le jour, la nuit, et puis encore le jour, et puis encore la nuit, et puis de jour en jour et puis de nuit en nuit. Il y a des déserts de neige qu'on déblaye pour créer un bonhomme de neige, et des océans de glace qu'on fait fondre pour y baser un port. Il y a des notes de piano tristes, elle rythme nos jours au rythme de nos pas, il y a les bruits de la neige dans laquelle nos pieds s'enfoncent et s'amusent. Il y a une enfance au miel et une insouciance au chocolat chaud.
Les instants de poésie, on ouvre alors les portes d'un monde nouveau dans Minecraft. il y a des pianos et des notes électroniques dès l'écran titre pour nous accueillir dans une bulle de calme, loin du monde, loin des cris, du bruit et de la fureur. Il y a des océans où se construire un bateau et une boussole pour aborder sur des terres inconnues, il y a un ciel où s'envoler jusqu'à l'infini pour contempler l'immensité d'un monde jusqu'à ce qu'il soit caché infiniment par les nuages. Il y a des cochons rectangulaires heureux pourvu qu'on ne les écorche pas, il y a des canards heureux pourvu qu'on ne les poursuive pas. Il y a des arbres du bouleau à l'acajou obligés d'être abattus, puis obligés d'être replantés. Il y a des temples en pierre et des villages en bois où l'homme n'a jamais mis les pieds, pour la seule raison que dans ce monde, on oublie qu'à la fin, on est infiniment et profondément seul.
Les instants de joie, on ouvre alors les portes d'un monde nouveau dans Minecraft. Il y a de la poudre rouge et des circuits, il y a de la ferraille et des rails et des wagons qui, à partir de rien, font rire les enfants avant que le temps ne les emporte. Il y a l'infini du champ d'un monde à découvrir, il y a la grandeur des montagnes et leurs chemins de pierre dangereux mais intenses lorsqu'on y met les pieds. Il y a des soleils carrés et des lunes blanches. Il y a les chants du cygne à la mort de quelques araignée au point du jour, il y a les cris de faim des squelettes qui vous chassent à l'arc à l'obscurité du milieu de la nuit. Il y a des fous qui construisent sur l'écran des cathédrales séculaires sur les îles émergées du fond des eaux des fleuves, des cités de Minas Tirith gravées dans la montagne, des pyramides de Gizeh dans le désert de sable, des mosquées byzantines au milieu de maison d'une ville entière reconstruite grâce à tous les blocs possibles et imaginables dans un monde nouveau. Et puis, et puis seulement, seulement quand tout est fini, quand il n'y a plus d'imagination sur le moment, quand il y a ce désir de passer à autre chose et d'aller sans cesse, on pose des centaines de blocs de Tnt, on s'élève sur les milliers de choses qu'on a construites ; qu'on a vues ; qu'on a profondément aimées, on appuie sur un bouton, et on contemple une dernière fois d'un monde la destruction.
Et puis, on reconstruit.