Des siècles que les fans attendent cela. La réunion de John Woo et de Chow Yun-fat sur un même projet. Il faut avouer que depuis que les deux hommes se sont séparés pour mener chacun de leur côté leur petite carrière cinématographique, essentiellement aux USA, leur talent s'est dilué presque exclusivement dans des films au mieux moyens, au pire pitoyables (à quelques exceptions près tels que Volte-face pour John Woo et Tigres et dragons pour Yun-fat). Alors que leur rencontre dans une oeuvre commune devient de plus en plus hypothétique, un jeu vidéo de Midway a réalisé ce qui semblait impossible... Pour quel résultat ?
Stranglehold se veut la suite du meilleur film du duo, j'ai nommé A toute épreuve (Hard-boiled). Elle ne l'est pas. Alors que je viens de voir défiler le générique de fin, force est de constater que le scénario s'éloigne totalement des aventures originelles de l'inspecteur Tequila au profit de... j'ai du mal a nommer ça. Un truc qu'on voit surtout dans le jeu vidéo: un hommage de pure forme. Les développeurs ont saisi ce qui, visuellement, empiriquement, constitue le style de Woo. Ils ont glané chaque détail, chaque moment de film exploitable ludiquement pour les assembler en un grand tout homogène. Stranglehold en devient un vaste générateur de sensations, très efficace bien que désincarné, mais que le fan de Woo, tel votre serviteur, est capable de remplir de ses souvenirs nostalgiques. Le jeu prend alors seulement toute sa dimension.
On ne contrôle plus cet avatar peu fidèle de Tequila qui occupe notre écran, on devient Chow Yun-fat, icône mythologique qui s'élance, en apesanteur, dans l'espace de nos souvenirs. Chaque balle tirée nous fait repenser à ces films d'une autre époque, où des héros tourmentés, parfois romantiques, se battaient dans des joutes homériques hors du temps. Les titres du passé redéfilent dans notre mémoire: Le Syndicat du Crime 1 et 2, Les Associés, The Killer et, bien sûr, A toute épreuve. On repense à Antony Wong à chaque "Tir de Précision" que l'on exécute, et au sublime Tony Leung à chaque origami découvert...
A vous donc d'insuffler une âme au jeu via votre propre créativité. Tous les éléments sont en effet présents pour que vous exploitiez au maximum les ressources du soft: styles différents (cascades, plongeons, à couvert), approches multiples (pièces à deux étages, plusieurs chemins proposés), pièces cachées... Deux ou trois niveaux sur les 7 proposés sont en-dessous du lot (l'avant dernier-niveau, super court !) et les éléments destructibles permettant de tuer des adversaires (comme dans le premier niveau, qui en regorge) deviennent malheureusement très rares dans la seconde moitié du jeu...
Si vous êtes totalement étranger à John Woo, il est probable que l'ambiance du soft vous passe un peu par-dessus la tête. Cependant, vous vous retrouverez toujours devant l'un des meilleurs jeux d'action pur jamais développé (seul Max Payne peut sans doute lui voler le titre). Malgré une difficulté parfois mal réglée, avec quelques moments presque injouables tellement vous êtes submergés par les ennemis, une histoire bateau et une synchronisation labiale à la rue, vous profiterez des décors presque entièrement destructibles, d'une maniabilité excellente, de quelques musiques sympathiques et d'une inventivité dans les situations rarement rencontrée dans ce type de soft. Et si le titre de Midway est court (ce qui permet de justesse d'éviter la saturation d'adrénaline), qu'importe: vous rejouerez sans doute, comme moi, à certaines séquences inoubliables (via le chapitrage), comme ce combat de boss dans le niveau du musée: votre adversaire utilisant les mêmes techniques que vous, vous vous retrouverez devant l'une des meilleures gunfight jamais proposée sur consoles.
Dommage que Stranglehold se limite à n'être qu'un jeu et rien qu'un jeu. Heureusement qu'il le fait bien, au point de presque combler mes rêves de gosse. A présent, pour une oeuvre plus ambitieuse d'un point de vue artistique, il faudra attendre la suite du travail de monsieur Woo. Mais, pour être totalement franc, nous savons parfaitement que le meilleur est déjà derrière nous...