Je ne savais pas trop à quoi m'attendre avec ce jeu de Davey Wreden, créateur de "The Stanley Parable", mais je me doutais que l'expérience serait étrange. Et pour être zarbi, c'est zarbi cette affaire :-) Wreden nous emmène dans une aventure chronologique, à travers l'histoire des jeux à peine esquissés d'un certain Coda, génie du jeu video qui a soudain cessé toute activité. Nous découvrons son oeuvre, peur-être son "âme", en suivant les commentaires (et le piratage parfois) de Wreden...


N'étant pas programmeur, je n'avais jamais retrouvé le choc de ces images de Matrix où Neo et Morpheus marchent dans un espace blanc, avec seul objet un vieux fauteuil en cuir rouge. Ils étaient à l'intérieur d'un environnement encore vierge, comme ceux que vous visitez dans "The beginners' guide". Alors que n'importe quel bon jeu vous immerge vite dans son monde virtuel, laissant votre personnalité de joueur prendre le pas et absorber comme réel le décor autour de votre corps virtuel , TBG vous place dans ce blanc, le remplit de trois chemins et vous rappelle que tout est fabriqué, que chaque élément est un choix du créateur. Ce jeu n'est pas fait pour les joueurs absorbés, mais pour un néophyte qui tomberait dans un travail en cours.


La part "jeu" est alors évacuée, on vous dit comment avancer, comment résoudre les énigmes (c'est la même partout!), on vous spoil le fun car ce n'est pas le propos de TBG. Ce jeu ne vous donne pas carte blanche, il vous pose dans une carte blanche, puis vous prend par le coude pour vous emmener pas à pas dans son récit. C'est très curieux et presque invasif. Ca vous donne des envies de se rebeller, de sortir du décor, d'autant plus que les environnement sont labyrinthiques, parfois étouffants, parfois si étranges qu'on voudrait explorer, mais bien sûr c'est impossible, alors on fait ce qu'on vous dit, et l*'illusion du choix*, chers à nos "univers ouverts" est ici démontée implacablement. Pion vous êtes, pion vous restez... Plus FPS couloir, ça n'existe pas :-)


Le propos de TBG n'est pas le jeu mais la création, les idées des créateurs, le mystère de leur inspiration, ... et une certaine histoire de parasitisme. Wreden nous donne d'emblée à penser que certains éléments , certaines constructions de l'environnement sont le reflet de la personnalité de Coda. Par exemple si Coda fait autant de prisons, c'est peut-être qu'il est introverti? Et pourquoi ce lampadaire dans tous ses jeux ? Il lance ainsi un pont entre les idées montrées et le monde intérieur. J'avoue que j'ai trouvé ça très risqué, cette affaire. Mais heureusement, il reviendra avec un clin d’œil là-dessus avant la fin. En fait, j'aime bien qu'il se moque gentiment de la "psychanalyse" des jeux video :-)


Mais "The Beginners 's guide", une fois cette grenade éclatée, reste bien sûr une réflexion sur la création de JV. Il y a des moments peut-être autobiographique comme cette interrogation angoissée de Wreden "Peut-on vraiment avoir d'autre motivation que la validation personnelle?", crise qui pourrait bien avoir exister chez lui après l'énorme succés de "The Stanley parable". Et puis il y a une petite histoire pleine d'autodérision et que je vous laisse découvrir, entre Coda (qu'on peut soupçonner être une femme d'ailleurs) et Wreden lui-même.


J'ai vraiment aimé ce parcours certes ultra fléché, qui donne à voir le moteur Source de l’intérieur, et comment l'utiliser pour tourner des idées en réalités virtuelles souvent superbes et porteuses des briques conceptuelles de nos jeux videos. C'est très informatif et très beau en même temps. Le discours est parfois un peu longuet, un peu fatigant et s'il est une chose que je lui reprocherais, c'est de manquer d'humour dans sa première partie, au risque de lasser. The Beginner's Guide est un poil trop sérieux avant de révéler enfin son second degré sur la fin. D'aucun lui reprocheront d'être un "walking simulator " de plus, je l’applaudirais personnellement d'être au contraire un de ces "thinking stimulators " que le jeu video sait produire de temps en temps. Recommandé, guys et guysettes!

nostromo
7
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Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Et je m'étonne après d'être en retard dans mes lectures......

Créée

le 17 oct. 2015

Critique lue 268 fois

nostromo

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