Découvert lors d’une soirée d’échanges poétiques, Makenzy Orcel est un poète contemporain assez saisissant par la liberté des associations inattendues qu’il déclame sans grandiloquence, avec
une forme de simplicité brute
qui touche autant au cœur qu’à l’esprit. Et c’est bien d’ailleurs de cet accord incertain des deux qu’il s’agit ici, dans les deux poèmes, Caverne et Cadavres, qui composent le recueil.
L’homme écrit avec « du sang raffiné » pour dire la chair, tangible poids fini, face à l’insaisissable esprit, diffus et libre, qui ne cesse de s’échapper :
le cœur est une chanson muselée au cœur de ses battements
tandis que l’esprit navigue à vue vers d’infinis horizons, sans limite et sans frontière, sans effort et sans fatigue, léger. Quitte à se heurter aux illusions d’un inaccessible
paradis cette montagne de larmes de vierges mortes
Makenzy Orcel encourage alors l’être torturé par les tiraillements de l’un et de l’autre d’enfin prendre son indépendance, de saisir le courage de s’émanciper de ses propres amarres :
rire au nez de ta caverne de ta mort de tout ce qui t’est cher et
grimper vers ton incandescence
Caverne se termine, Cadavres prend le relai pour insister encore sur les dommages que l’attachement terrestre fait subir à l’âme. Rien que dans le langage, objet fini dans les usages usuels qui lui sont destinés :
cette libre langue de feu qui nous fait la peau
l’auteur revient encore au corps, tas de chairs qui suintent :
fume dans la nuit le vin de vos corps
Il en sublime la fragilité, tout ce que l’illusion y abîme au fil des années :
regardez par vous-mêmes par l’œil des ouragans nos enfances
dévastées dans la manufacture des vents
Pour le poète, seuls l’ivresse et l’amour font la vie battante, sensationnelle, de corps qui sinon resteraient morts. Et ses mots y participent autant dans la forme que dans le fond, nous alertant de ces dangers tout en nous emmenant vers une transe émotive de l’esprit qui prend alors possession du corps, l’anime, le fait vibrer et frissonner de réflexions inattendues et percutantes, sans violence, avec une douceur presque surannée.
Caverne chante ainsi le pouvoir jouvenceau de l’imagination, ses puissances paysagères et voyageuses,
la liberté insoumise de l’esprit dans le monde fini qui tente de l’absorber
et duquel il est toujours nécessaire de s’évader :
l’absence de ports, quelle patrie !