Femmesencolère #NetGalleyFrance
Femmes en colère, le dernier titre que sort actuellement Mathieu Ménegaux fait immanquablement penser à Douze hommes en colère, la pièce de théâtre écrite, en 1954, par Reginald Rose et qui mettait en scène le huis clos d'un procès américain.
Dans le cadre de la chronique du jour, Femmes en colère, on peut estimer que, grosso modo, le même décor reste planté, à l'exception du fait que le procès se passe à Rennes en juin 2020 et qu'en parallèle aux délibérations des jurés encadrés par trois magistrats professionnel, l'auteur évoque ce que pense et écrit l'accusée qui attend, dans son box du Palais de Justice que tombe le verdict.
Il faut reconnaître que Mathieu Ménengaux semble parfaitement maîtriser les rouages du déroulement d'un procès d'assises et du rôle de chacun des participants. le livre se lit donc aussi comme un roman didactique sur le fonctionnement de la Justice, avec ses bons et mauvais côtés, ses luttes d'influence, le jeu de la Presse et de l'opinion publique qui ‘font justice' avant-même qu'elle ne soit rendue. Tout cela est sympathique, instructif mais pas vraiment neuf.
Alors quelle est la force du livre ? Peut-être la place de l'accusée qui, en fait, pourrait tout aussi bien revendiquer le statut de victime tandis que ses violeurs qui se drapent dans la position de victimes, mutilés à vie par la violence démoniaque de l'accusée, pourraient prendre la place sur le banc des accusés. Mais tout cela est tellement caricaturé à traits épais que le lecteur sent très tôt la bascule qui devra se produire, ne fusse que pour justifier l'édition de ce bouquin.
Le thème central du roman est sans doute à trouver dans la coexistence des langages, pensées et vérités différents qui relèvent des positions de chacun des acteurs. Il ne résulte d'un procès qu'une vérité judiciaire produite par la rencontre et les oppositions des points de vue divergents des différents intervenants. le juge n'a pas envie que l'opinion publique pense qu'il peut ne fusse que comprendre la violence alors qu'il est là pour la condamner fermement. L'accusée, en rétro acte, sent bien qu'elle n'avait pas à se faire justice elle-même mais, par sa nature fondamentalement droite, elle refusera de suivre les conseils de son avocat pour qui simuler le repentir peut donner des gages de non-récidive à la cour et entraîner une moindre condamnation. Les violeurs jouent leur jeu de victime et n'ont qu'une seule idée en tête, défausser la vérité pour rester loin de tout reproche. Les jurés veulent défendre des causes qu'ils portent plutôt que de rendre justice, les jeunes magistrats auxiliaires veulent étaler leurs connaissances théoriques du Code… Bref, chacun joue son rôle mais personne – ou si peu – n'est dans la même pièce !
Femmes en colère se révèle, in fine, plus facile que plaisant à lire. Il propose quelques bonnes questions soulevées sur le fonctionnement de la justice et les limites à préserver pour admettre l'idée que personne n'a le droit de se faire justice lui-même. Tout cela est juste et bon … mais insuffisant pour donner naissance à un livre fort, capable de marquer les esprits et à faire reculer la barbarie du viol, d'une pseudo supériorité de l'homme sur la femme et de toute vengeance personnelle.