Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
Lente fuite hagarde et hallucinante
aux cœurs lourds et pollués d'un Tokyo étouffant et surpeuplé, dans les pas de Takaku à la recherche de Yûji, son aîné disparu, L'Arbre du Voyageur joue d'un réalisme teinté de fantastique, une voie classique de la littérature nippone contemporaine, où l'onirisme masque habilement la frontière entre la raison et la folie. Assez pour que le lecteur séduit s'interroge, souhaite alors se perdre en chemin de nouveau pour mieux y relire tout ce qui s'implique aux interprétations.
**Hitonari Tsuji** a l'écriture directe, efficace. S'attache à l'inaction passive de son personnage central pour mieux rêver l'intrépidité fuyante de ce frère invisible, et ce faisant garde le lecteur toujours dans l'instant. Aux aguets. Si l'ambiance peut évoquer les livres de Haruki Murakami, le verbe y est sans suspens, tendu tout entier à la quête en cours, et les détours que le personnages s'octroient n'y sont que les passages obligés de sa rémission. L'errance de Takaku nous immerge autant dans ses illusions que dans l'inconfort aléatoire de la mégapole nippone et l'on retrouve ce thème central des interrogations artistiques japonaises actuelles, à savoir
la valeur de l'individu dans l'anonymat de la masse.
Si ce n'est ton frère, c'est donc toi.
Lente fuite à l'implosion schizophrénique, *L'Arbre du Voyageur* narre l'épopée sans répit ni repos qu'est la quête de soi, où l'absence du regard, du miroir de l'autre, oxyde les moindres pensées, assèche les élans et laisse vide, comme mort.
Hitonari Tsuji livre là un court récit cinglant, entre résignation et désespoir, pour dire
l'impasse identitaire qu'il sent sur les épaules d'une jeunesse nippone sans repère,
écrasée sous les superficialités lumineuses du divertissement, de l'oubli. Incisif et évanescent, le livre est sec comme le désert de l'adolescence, nous rappelant où l'épisode explique le titre, que puisque l'existence n'est qu'un long voyage, il faut savoir s'abreuver parfois avant de repartir.