Petite philosophie de l'ennui par Blèh
Difficile de juger ce petit traité très dense en références sans avoir précisément vu, lu, ou entendu tout ce dont parle l'auteur. Car de commentaires en pensées, c'est effectivement un tour d'horizon de la notion d'ennui qui s'offre à nous, de St-Paul à Cronenberg, en passant par Schopenhauer, Becket, ou Bret Easton Ellis.
Comment vivre avec l'ennui ? L'attente d'autre chose, voire l'angoisse d'exister dans un monde sans sens ; cette oscillation permanente entre ennui et souffrance (puisque nous souffrons l'attente et nous nous ennuyons une fois notre attente satisfaite) - vivre, c'est s'occuper, se tromper, tâcher de fuir en avant hors de l'ennui qui nous suit, et, de transgressions en transgressions, il s'agirait de repousser les frontières du nouveau pour étendre le domaine de cet ennui qui s'installe dès qu'une chose nouvelle nous est devenue familière. En plus clair : un Ipod en chasse un autre.
Une piste à suivre pour ne pas devenir esclave de ses passions et de son propre ennui serait justement de l'apprécier pour ce qu'il est, ce moteur de questionnement, cet empressement de connaître, cette absurdité qui donne sens. Profiter de l'ennui qui nous tire hors de nos intentions, de notre intérêt - cet intérêt qui masque à l'esprit ce qu'est la chose pour l'inscrire comme un simple moyen de satisfaire une envie éphémère - c'est apprendre à vivre pour vivre, dans cet ennui diffus mais riche, tellement riche, qu'il appauvrit tout ce qu'il touche.
Un joli livre qui, comme l'ennui, ne mène nulle part, mais révèle la beauté d'une animation intérieure. Reste peut-être pour seul défaut le manque de développement, et donc une difficulté certaine à comprendre le propos dans toute sa profondeur.