Dès la première page d'Un nageur dans la ville, Joaquin Perez Azaustre impose un style duquel il ne dérogera pas : de longues phrases, une cadence lente, un sens aigu du détail, une précision d'horloger dans les descriptions. Extérieures mais aussi intérieures, dans la tête de son nageur qui ne semble se réaliser qu'entre les lignes de la piscine. Sa vie, sentimentale et professionnelle, devient de plus en plus floue et c'est tout son environnement qui finit par flotter à mesure que les gens, de plus en plus nombreux, disparaissent du jour au lendemain sans raison apparente. L'étrange modification du monde qui l'entoure est progressive à mesure que le livre bascule dans le conte fantastique, quelque part entre Beckett et Kafka. Ce qui n'empêche pas l'auteur de continuer dans une veine proustienne, très exigeante, qui peut, si l'on n'y prend garde, ou si l'on s'impatiente, laisser sur le bord du bassin. D'un côté, il y a une fascination pour la singulière atmosphère créée par Perez Azaustre ; de l'autre un peu de frustration devant une intrigue qui perd en intensité à mesure qu'elle se dirige vers des rivages somme toute plus prévisibles et moins originaux. Reste l'écriture du romancier natif de Cordoue, subtile et méthodique, qui se maintient hors de l'eau dans une qualité constante et sans concessions à une quelconque facilité.

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le 5 janv. 2017

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