Anna Karénine se construit d'abord comme un grand tableau de la noblesse russe, présentant scène de chasses et de mondanités et grandes relations qui se construisent et se déconstruisent au fil des pages. Cela permet d'aborder en toile de fond les grandes questions morales et sociétales du mariage et de l'adultère, comme deux grandes flèches qui viennent traverser l'oeuvre de part en part à travers les couples Anna/Vronski et Kitty/ Lévine.
Mais Anna Karénine est aussi un épanchoir pour les questions métaphysiques qui préoccupent Tolstoi, incarnées par les tourments intérieurs de l'alter ego de Tolstoi, le personnage principal Lévine. Ses interrogations, en marge de la doxa de la noblesse russe sur le peuple russe et la question agricole, la guerre en serbie, la religion et l'absurde, et enfin et surtout la mort (on pense à la scène de l'agonie de Nicolas, puis à l'épilogue: ses pensées au suicide, avant d'être sauvé par une grande révélation métaphysique).
Enfin, si Anna Karénine marque, c'est par sa justesse et sa précision d 'écriture, permettant d'entrer directement dans l'intime des personnages et d'embrasser leurs sentiments les plus profonds. On sera un jeune amoureux plein de fougue avec Lévine, puis jalouse maladive avec Anna. La force de Tolstoi est pour moi de jouer sur les non dit. En ne nous montrant qu'un point de vue et un aspect de choses, mais avec mille précisions et finesse d'écriture, il laisse au lecteur le soin de se construire le reste.
Cependant, Anna Karénine restera pour moi un roman indigeste, ou la longueur et la difficulté de se rappeler des différents personnages et de leur liens m'aura souvent perdu, ne me permettant surement pas d'apprécier le roman pleinement. Les allers retours entre différents personnages, différentes intrigues et problématiques perdent parfois le lecteur qui ne sait plus ou le roman va et ou donner de la tête.