Dans cet ouvrage monumental, foisonnant et singulier réunissant des dizaines de récits de luttes, de désobéissance civile, de réappropriations, le collectif « Mauvaise troupe » a construit là quelque chose de formidable : il a donné matière à tout un ensemble de luttes qui laissent peu de traces écrites dans l’imaginaire collectif, et participe à la construction d’une mémoire et d’une identité collectives et révolutionnaires.
[...] Les constellations, ce sont les dizaines de récits de luttes, de désobéissance civile, de réappropriations, des années 2000 à aujourd’hui, que cet ouvrage monumental, foisonnant et singulier de 700 pages réunit. Ce livre éblouit par la somme et la diversité des récits, et étonne par sa forme et son inventivité : récits, entretiens, échanges de lettres ou de mails…
Du plateau de Millevaches aux squats de Grenoble et de Dijon, on parle des manifestations, des blocages, des méthodes de barricades, des black blocs, des violences policières, des rencontres avec les réfugiés ou des journaux militants… Des occupations de places publiques (notamment celles du 15M à Barcelone), des occupations moins tangibles des harckerspaces, mais aussi des formes de luttes plus inattendues qui marient la politique et la fête : les fêtes sauvages, les raves parties, les carnavals, les charivaris de Marseille pour détruire les caméras de vidéosurveillance de rue…
[...] Le collectif « Mauvaise troupe » et les éditions de l’Éclat à l’origine du projet ont construit là quelque chose de formidable : ils ont donné matière à tout un ensemble de luttes qui laissent peu de traces écrites dans l’imaginaire collectif. Cet ouvrage participe à la construction d’une mémoire et d’une identité collectives. Car comme on sait, l’Histoire avec un grand H appartient aux vainqueurs. Il ne tient qu’à nous de nous approprier une part d’histoire et de cet imaginaire collectif.
Cet ouvrage apporte beaucoup d’informations sur des organisations, des livres, des films pour prolonger la découverte et s’engager dans un mode d’action. Le site internet consacré à l’ouvrage est très beau et permet aussi de prolonger la lecture.
Toutefois, il y a quelques moments où les récits m’ont paru trop fragmentaires pour être appréciés, pour qu’ils résonnent au fond de moi. C’est peut-être parce que le « nous » du collectif efface les ressentis individuels, parce que le propos était parfois plus abstrait, parce que l’anonymat était trop poussé, ou plus souvent parce que la forme m’a paru trop théâtralisée ou mise en scène, comme par exemple des échanges épistolaires recréés de toutes pièces. J’ai trouvé qu’au final ce sont les entretiens, les questions-réponses et les témoignages à la première personne qui fonctionnaient le mieux, comme le passage « Solidarités radicales en galère de logement2 » qui révèle les doutes constants, les épuisements, les petites victoires au sein d’un collectif grenoblois. Mais comme le dit le collectif « Mauvaise troupe » en fin d’ouvrage, ce livre aurait pu être écrit de pleins de façons différentes.
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