Don de Lillo est un grand auteur. Une plume ésotérique et acérée, à la force évocatrice dévastatrice. Avec un style planant, il parvient à décrire le monde et ses fluctuations, des époques et des cités, grouillantes et anonymes, courant à leur perte, plus vite qu'elles ne pourraient s'en apercevoir.
C'est la force de l’œuvre de De Lillo, cette poésie qui se déroule, page après page, dotée de l'acuité de celui qui voit et qui sait, précise, dure, folle.
Cosmopolis ne déroge pas à la règle et, pour haché et perturbant qu'il soit de prime abord, le style narratif berce autant qu'il satisfait. Rien n'est à remettre en cause de ce côté. Là où le bât blesse, c'est au fond des choses. Cosmopolis est un roman court, mais c'est surtout un roman qui, au-delà de sa forme, n'apporte pas grand chose.
L'univers survolé enchante, une uchronie technologique accessible seulement aux plus fortunés, au mieux dotés par la vie, frôlant le fantastique par instants pour mieux éclairer le gouffre qui sépare les hommes et notamment le héros de l'histoire, Eric, richissime magnat d'une finance mondiale qu'il contrôle presque totalement et qui, à partir d'un rouage bloqué dont il sera incapable de saisir l'essence, va remettre en cause l'existence complète d'un monde dominé par le fric, le sexe et l'hypertrophie stupide des rites quotidiens, basés sur la soumission perpétuelle. Oui, l'auteur installe magnifiquement cette société que tout le monde comprend et déteste, qui chatouille la fibre de la révolte.
Mais dans Cosmopolis, il ne se passe rien de vraiment intéressant. Les événements sont survolés aussi vite que les dépasse la limousine rallongée et blindée d'Eric. La ville défile au ralenti. Une manifestation qui bloque la voiture ralentit d'autant un récit qui n'en avait pas besoin. Et l'histoire court à sa perte, descend vers sa chute annoncée, un abysse informe censé subjuguer et suggérer la fin d'un monde à partir de la mort d'un homme, mais en fait cet abysse informe n'aboutit sur rien. Absolument rien. Comme un talent un peu gâché, ce roman n'est pas à faire figurer, en dépit de son insolence lancinante, au panthéon de l'auteur, ni au tableau des œuvres à réellement retenir.
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