Que tu as une grande queue - c’est pour mieux te baiser mon enfant
Un type a dit que 2013 avait apporté des blockbusters de grande qualité, et il a cité Django Unchained et Le loup de Wall Street.
Que Le loup de Wall Street soit un blockbuster ne fait aucun doute, c’est sur ; qu’il soit de grande qualité, tout dépend de quel point de vue on se place.
Ah c’est sur que lorsque Scorsese réalise, il y a des choses sur lesquelles on peut compter sans crainte. Le film sera forcément bien tourné, forcément bien joué, forcément bien écrit.
Le loup de Wall Street est effectivement bien tourné, bien pensé. Les acteurs y sont formidables et bien choisis, on voit qu’ils prennent du plaisir, et on croit à ce qu’ils font, même si l’on regrette le faible rôle qu’y joue Matthew McConaughey. Le duo DiCaprio Scorsese fonctionne à merveille, le premier s’en donne à cœur joie pendant tout le film, vivant son personnage à fond.
Il faut aussi féliciter les dialoguistes, dont le travail confine au génie. Les deux premières heures du film sont hilarantes, les échanges fusent comme des balles de tennis servies par un mec qui sait servir, on se marre en même temps qu’on les voit faire et dire toutes ces conneries, s’éclater entre potes, vivre au huitième degré. À ce titre, la discussion concernant le lancer de nains est un exemple parfait de ce qu’offre le film : des répliques drôles, cinglantes, des enchaînements millimétrés, un régal.
D’ailleurs, si on regarde, les deux premières heures du film sont à l’image des dialogues : impeccables, calibrées, jubilatoires, passionnantes. Jordan Belfort est une raclure très attachante, qui s’entoure de potes pour conquérir le monde. Un monde qui lui ouvre les bras de sa superficialité, celle dont on se suffit et qu’on se complait à aimer à la folie.
Mais ce film est une intrigue de désillusion parfaite, sans fioritures, et au final sans originalité. Un ponte de l’écriture de scénario, Robert McKee, a dit que seules les vingt dernières minutes d’un film comptent. S’il a raison, dans le sens où ce sont effectivement ces vingt dernières minutes qui laissent le souvenir et les émotions de toute l’œuvre dans le cœur du spectateur, c’est aussi là que Le Loup de Wall Street se plante.
La désillusion suppose la déchéance de son protagoniste, et il fallait que Jordan Belfort se gamèle, d’autant qu’il semblerait qu’il s’agisse d’une histoire plus ou moins vraie.
Le problème, c’est la façon dont la gamèle arrive. D’abord parce qu’on ne comprend pas ce qui est illégal, et même si ça n’a pas trop d’importance dans le déroulement du film, ça fait un poil tâche. Ensuite, et surtout, parce que le personnage de Jordan finit par perdre toute crédibilité en agissant comme un débile. Ce n’est pas le seul personnage dont la logique disparaît. Il suffit de voir son épouse à la fin du film, qui deviendrait d’un coup ce qu’elle n’a jamais été, au mépris de ce qu’elle a toujours été.
Ce qui cloche avec la dernière heure, c’est qu’on sait ce qu’il va se passer. Et qu’on s’emmerde terriblement. Tout l'intérêt se joue sur des détails à un moment où on est déjà sorti de l’intrigue, classique à en mourir, ennuyante parce que classique, pauvre pour le public, nulle pour son réalisateur pourtant si prolifique et génial parfois.
Enfin, le sous-texte du film demeure assez illisible. Parce que Jordan accomplit des choses illégales et s’en met plein les poches, on comprend que l’argent c’est mal, que ça brûle. Le spectateur comprend qu’il vaut mieux qu’il reste pauvre. Et puis quand on a de l’argent, on en fait toujours n’importe quoi, la preuve avec toute cette drogue, ce sexe, … L’ennui, c’est que environ quatre millions d’histoires ont raconté cette version.
La vérité, c’est que ce que fait Jordan de manière illégale, des tas de banques (qui ont, paraît-il financé le film) le font de manière licite en provoquant plus de problèmes que Jordan. La vérité, c’est que l’histoire des pourris trop riches qui tombent est éculée. La vérité, c’est que cette justice, on n’y croit plus. La vérité vraie, c’est que devoir se fader encore une histoire comme celle-là, ça fout la gerbe, merde.