Il est toujours difficile de « rentrer » dans un livre qui a été adapté précédemment au cinéma. Surtout quand le film est de qualité, comme l’est celui de Redford. Difficile, parce que l’imaginaire se fait paresseux, les visages des personnages, les lieux tout à déjà consistance. Il faut donc, après quelque effort, faire abstraction de tout cela et se laisser doucement aller à ré imaginer. Ce que je retiendrais tout d’abord, c’est cette formidable relation entre Paul et Norman décrite avec infiniment de délicatesse et d’intelligence par Norman Maclean. Pour avoir vécu à titre personnel ce « conflit » fraternel baigné autant d’incompréhension que d’admiration, les mots se font ici plus forts que les images (comme cela est très souvent le cas). Emouvantes également ces scènes où enfin ils se retrouvent sur cette passion commune à toute la famille, la pêche. Ces scènes me donneraient presque envie, moi qui suis pourtant un citadin pur et dur, de fouler cette rivière avec eux et me laisser submerger par la beauté des paysages. Mais ce qui rejaillit dans « La rivière du sixième jour », et éclabousse chaque page, c’est moins une nostalgie qu’une vraie déclaration d’amour. Amour au pays, amour à la famille, amour à une vie qui s’étiole mais illumine encore, tel un soleil de fin d’après midi d’été, une vie. Il n’est pas étonnant que ce roman se soit inscrit dans la mémoire collective de tout un pays, par sa simplicité et sa fluidité, mais aussi cette façon de conter avec la mémoire humble les tréfonds d’une Amérique, il se rapproche d’œuvres impérissables tels « Les aventures de Tom Sawyer » de Mark Twain, « Le petit arpent du bon dieu » de Erskine Cadwell, ou récemment encore « Blessés » de Perceval Everett. Des livres mémoires qui témoignent du courage, de la force et de l’amour de ces femmes et ces hommes à bâtir un pays solidement ancré dans ses traditions, cherchant à aller constamment de l’avant.