Lors de sa sortie, Karoo a rencontré un succès de librairie mérité.
L'écrin dans lequel le texte est servi est irréprochable et il faut saluer le soin qu'apportent aux livres les éditions Toussaint Louverture. Mais l'emballage ne fait pas tout sinon on serait chez Apple.
Quid du texte?
"L’absurde naît de cette confrontation entre l’appel humain et le silence déraisonnable du monde" Camus
L'irrévérence que Saul Karoo fait au monde dès le début du livre résonne comme une scission, une fêlure qui ne cessera de s'affirmer tout au long de cette histoire, jusqu'à son point de rupture.
La première moitié du roman est dominée par un humour noir et un ton désabusé. C'est le pied de nez que le fini fait à l'infini. Saul Karoo fait le malin, se joue de l'existence puisque c'est la seule attitude viable. C'est un homme qui ne peut plus devenir soûl. Il pense être devenu trop lucide. Il ne peut plus faire autrement que de se laisser aller à une nonchalance cynique et devient le pantin consentant de son entourage.
Seulement voilà, cette stratégie ne marche qu'un temps.
Le tragique fini toujours par rattraper la comédie et dans la deuxième moitié du roman, la narration change de ton. La lecture devient âpre et Steve Tesich se fait l'interprète d'un homme perdu. Il traduit un enfer palpable. Il se met dans la tête de son personnage et fait ressentir au lecteur ce corps que la vie a déserté.
Seuls les grands écrivains savent incarner à ce point leurs créations. Et Tesich livre ici une fable, une odyssée qui diagnostique avec pertinence un monde malade. C'est la chute d'une étoile en fin de vie qui se transforme en trou noir.