Le Jeu de l'ange par Diothyme
Barcelone, début du siècle dernier, on assiste à la naissance d'un écrivain en la personne de David Martín. A l'époque le jeune garçon de 17 ans travaille dans un journal où il a hérité de la place de son père tué dans d'étranges circonstances. Le propriétaire du journal, Pedro Vidal jeune homme de la bourgeoisie passionné par l'écriture se prend d'amitié pour David et demande à ce qu'il puisse publier ses propres histoires dans le journal. Il commence donc sa carrière avec des récits qui constitueront son premier roman : Les mystères de Barcelone. Il est très vite contacté par un mystérieux admirateur, signant tout ses courriers par le sceau d'un ange, celui-ci lui offre une nuit de rêve avec l'héroïne de son roman, une vampiresse fantasmée aux yeux verts qu'il a nommé Chloé. Intrigué par cette rencontre onirique, David tente de retourner dans la maison close où il l'a rencontrée, celle-ci est censé avoir brûlé et est fermée depuis 15 ans. Tout en vouant une admiration muette à la fille du chauffeur de son bienfaiteur, Cristina, David continue sa carrière est il est bientôt signé par de "vrais" éditeurs, qui lui font écrire un autre roman : La Cité des Maudits sous le pseudonyme d'Ignatius B. Samson. C'est un véritable esclave et il sent sa santé décliner au fil de sa collaboration avec les deux escrocs. Le temps passant il finit par écouter les conseils de ses amis et de consulter un médecin, et là le diagnostic tombe, c'est une tumeur au cerveau inopérable il n'a plus qu'un an à vivre au grand maximum. Pendant ce temps Pedro Vidal tente d'écrire un roman épique, mais le talent lui manque, David, avec l'aide de Cristina va donc trafiquer le manuscrit pour le rendre vendable, en parallèle il demande un congé à ses bourreaux pour écrire son propre roman : Les pas des Cieux. Les deux romans sont publiés en même temps et celui prétendument écrit par Vidal (La Maison des Cendres) connait un énorme succès, alors que le livre du héros est décrié, quand il n'est pas complètement occulté. C'est alors qu'il est à nouveau contacté par cet étrange individu au sceau angélique, qui se fait appeler Andreas Corelli, il lui dit qu'il est un éditeur français. Il lui propose une offre qu'il ne peut pas refuser : 100 000 francs et la promesse d'une longue vie en échange d'un seul livre qui sera le fondement d'une nouvelle religion. Qui est donc cet homme qui ne cille jamais, et David va-t-il accepter son offre? (*musique angoissante*)
Je ne vous cacherai pas que ce roman est une resucée de Faust, on voit ça venir de loin, mais il faut attendre 426 looooongues pages avant d'avoir la première occurrence du nom du malin... Pourtant les indices ne manquent pas : Corelli porte toujours une broche d'ange, il dit avoir été déchu par son père et que quand il était petit il voulait être Dieu. Sa maison est gardée par trois chiens noirs, il veut créer une nouvelle religion... Le héros est censé être quelqu'un de très intelligent mais il tombe dans le panneau... enfin il y saute à pieds joints en souriant. Je suis désolée de dévoiler l'intrigue.. si encore on peut parler d'intrigue, mais on la comprend dès les premières cent pages. Le roman aurait pû très bien se résumer en 50 pages, les 400 du milieu sont remplies de marivaudages et de discours rationalistes sur l'ésotérisme qui n'ont rien de révolutionnaires. Le rythme est complètement inégal les 100 premières et dernières pages contiennent un peu d'action mais encore, c'est décousu, l'auteur sort de nulle part des personnages et des rebondissements pour faire coïncider ses idées mais c'est plus que scabreux. J'avais déjà lu L'ombre du vent, que j'avais trouvé pas mal mais sans plus, et Monsieur Zafón ne s'est pas gêné pour le piller pour étoffer son nouvel étouffe chrétien. Si il se contentait de plagier ses propres livres au moins, mais il vole des idées de Borges et arrive à leur faire perdre tout intérêt. J'ai eu l'impression de lire un Da Vinci Code sauce Werber, si ce n'était pas parce que j'avais envie de lire un peu en espagnol je crois que j'aurais tout simplement abandonné. Ce livre est une insulte à l'intelligence des lecteurs, et je ne comprends pas d'où sortent toutes ces critiques dithyrambiques, est-ce de la pitié pour une littérature hispanique trop peu représentée? Une petite note positive cependant, qui lui évite le zéro pointé, les descriptions de la ville de Barcelone et des paysages en général est très poétique, et on échappe à la si facile fin "Mais tout ça n'était qu'un rêve!" . Le jeu de l'ange, quelques bonnes idées très mal utilisées dans un livre indigeste (667 pages.. il aurait pu faire l'effort d'en enlever une), un roman qui se veut populiste et qui reçoit l'accueil attendu, tant mieux pour lui.