J'ai un double rapport face à cette œuvre.
Tout d'abord, je n'ai pu être qu'ébahi devant une telle maîtrise de l'écriture. C'est beau, c'est magistralement écrit. On sent que chaque mot est choisi, chaque tournure de phrase est pensée, chaque métaphore est soupesée. Et cette splendeur de l'écriture est alimentée par son sujet : la saleté, la pauvreté, l'abandon, la violence. "Alimentée", et on pourrait même dire "sublimée". Car ce roman est une sorte d'oxymore permanent, dans lequel l'élégance de l'écriture ne sert qu'à présenter la laideur de l'enfance, de l'environnement, de la culture. C'est un exercice intéressant, superbe à lire et, qui plus est, magnifiquement réussi.
Mais vient ensuite la difficulté du roman, qui tient à son génie : c'est la pesanteur qui peut parfois se dégager de cette écriture qui jamais ne relâche son caractère monumental. Ce qui fait que parfois on perd simplement le fil ; la langue est trop soutenue, trop lourde pour ce qui est seulement décrit. L'écriture - pourtant si belle - devient alors un handicap, elle obscurcit le texte au point que ce dernier en devienne parfois véritablement énigmatique, sans raison. J'ai parfois lu, et relu des passages entiers en m'apercevant bien que ce que je comprenais ne pouvait pas être le sens du passage ! Il fallait alors que je l'interprète de la manière la plus simple possible, au détriment de l'élégance des mots.
Le passé simple est en cela une leçon : une double leçon. Une véritable leçon d'écriture, et une leçon quant à la mise à niveau de la langue par rapport à ce qu'on décrit. Et, comme toute leçon, il est toujours nécessaire de la recevoir.