Le passeur : un livre qui me faisait de l’œil depuis un moment déjà. Pourtant, j’ai mis du temps avant de me laisser tenter. La classification « roman jeunesse » me faisait craindre un récit niais et sans profondeur dont je ne pourrais profiter ayant dépassé le stade de l’adolescence. Mais cet a priori a bien vite été balayé et j'ai lu l'ouvrage quasiment d’une traite. Dans ce récit, Lois Lowry donne à voir un univers futuriste dont les codes ne se dessinent que petit à petit, ce qui permet un effet de surprise à chaque instant et invite à ne plus lâcher le livre. J’aurais d’ailleurs souhaité en savoir davantage sur la vie de la communauté décrite de manière somme toute assez sommaire. Mais la réduction au maximum des passages descriptifs tient sans doute au public visé.
Cela n’empêche en rien de devenir bien vite un compagnon de route pour Jonas, le héros du récit. Toutefois si la personnalité et les questionnements du jeune garçon sont bien développés, les autres personnages m’ont malheureusement semblé trop caricaturaux, restant trop en surface.
Qu'à cela ne tienne, Le passeur reste un ouvrage magique et je regrette aujourd’hui de ne pas l’avoir lu plus jeune, avec sans doute plus d’indulgence. Cette communauté où l’Identique régit tout paraît faire écho à des mouvements du monde actuel, et l’auteur parvient à rappeler la richesse de l’existence faite de bonheurs, mais aussi de souffrances, sans jamais tomber dans des poncifs ou une morale surannée puisque tout est suggéré par le simple biais de l’histoire qui se suffit en elle-même, preuve de sa force.
Compte tenu de l'idéal pour lequel se bat Jonas en opposition à la léthargie dans laquelle semble se trouver sa communauté refusant toute différence, les références bibliques récurrentes m'ont cependant gênée et parues incongrues :
L’ensemble des prénoms fait référence, de près ou de loin, à la Bible et surtout lors du dénouement, Jonas arrive dans la vallée portant Gabriel comme l'enfant prodigue.
Mais ce livre n'en reste pas moins une excellente expérience de lecture. J’en retiendrai ainsi les multiples sensations ressenties au fil du récit : joie, peur, tristesse... à travers des passages magiques :
Ces moments merveilleux où Jonas entraperçoit la couleur rouge pour la première fois, ou encore le sentiment ressenti lorsqu’il découvre une chose aussi commune que la neige.
Ce n'est donc pas qu'un livre jeunesse !