Eh bien, difficile de dire que mon alunissage s’est fait en douceur, tant le mal de Lune m’a frappé dès les premières pages. Heurté par le vocabulaire horticole, spécialisé et aménagé pour notre croissant préféré, j'ai failli même vite repartir sur Terre. Mais parfois quand on quitte sa planète, c'est peut-être normal de mettre du temps à s'acclimater. Et puis tout de même, Bookausorus.rex (compte que je conseille sur insta) avait fait une si belle revue de ce livre, que je devais lui faire honneur en allant au bout de mon effort.
Bon, pour reparler du langage technique, c'est marrant, car la narratrice est en fait une horticultrice s'occupant d'une ferme en surface de la Lune. Elle s'exprime à travers des rapports qu'elle envoie à son employeur, la cité de Mut, une cité soulunaire au cœur de la Lune. Alors qu'on lui reproche sa façon de s'exprimer, trop étriquée, trop technique, elle télécharge une base de données littéraire qui l'aide à s'ouvrir à l'écriture. Et puis, au fil des pages, celle-ci se fait plus fluide, plus naturelle. Jusqu'à devenir gracieuse et subtilement poétique.
"Je vais faire l'effort d'entrer dans la pensée poétique de cette enfant, dans la bulle de rêves où elle vit, si je peux". N'est-ce donc joli comme tout ça ?
Mais ça ne s'arrête pas à cette poésie, il y a aussi un fort pouvoir d'immersion dans ce livre, qui se crée par l'utilisation de la narration via un carnet de bord qui permet de planter efficacement le décor. Et cela continue avec notre héroïne, pour qui on se prend d'affection, et qui se développe au fur et à mesure que l'histoire progresse, au même rythme que sa personnalité, que son humanité.
C'est d'ailleurs une très fine observatrice de la nature humaine à travers la description qu'elle fait des hommes et femmes (et animaux) dits soulunaires.
"Chez les citadins soulunaires, chaque nouvelle information s'agrège non comme un élément dans un ensemble, mais comme une goutte de réactif qui modifie le mélange et ses propriétés. C'est une belle façon de dire que la psyché humaine n'est pas mécanique mais chimique. Et que son action sur l'environnement peut évoluer, au gré des précipités, jusqu'à être détonante."
J'aime beaucoup parce que n'étant pas toujours à l'aise sur la façon de s'exprimer, elle se perd parfois dans un langage pointu qu'il soit horticole ou ethnologique, mais elle se reprend alors pour recommencer à vulgariser ses propos. Et quand viennent les moments où elle se penche sur sa propre humanité, c'est simplement délicieux.
Je n'en dirai pas plus, c'est un livre qui se déguste et pour lequel il faut prendre un minimum son temps pour s'imprégner de sa puissance. Je suis content d'avoir pu découvrir la plume d'une autrice française que je ne connaissais pas, malgré ses références dans le monde de l'imaginaire. Il ne fait nul doute que je m'empresserai de faire grossir un peu plus ma goinfre de PàL avec une autre de ses œuvres, Le goût de l'immortalité ou Outrages et Rebellion.