Précurseur du genre autobiographique, Rousseau réalise une performance inédite dans un contexte historique peu familier avec ce type d'exercice. Pour ceux qui ont aimé le penseur, ses apports tant constitutionnels, politiques, éducatifs, philosophiques, c'est à dire ceux qui ont aimé l'œuvre de ce monstre avant de découvrir la vie privée de l'homme, ce sera un délice de pénétrer cette intimité très subjective car Rousseau s'y exprime sans fard, son but est vraiment de montrer la vérité et non de satisfaire une vanité narcissique. Œuvre avant gardiste, prélude à la nostalgie Proustienne ou les mémoires de Chateaubriand, œuvre phare pour Napoléon. Bref, Rousseau qui aura un impact incommensurable dans l'histoire politique, idéologique, de la nation française, se lit ici non plus comme le grand penseur qu'on connaît mais comme un homme simple, complexe, préoccupé par des choses triviales, un homme aussi extraordinaire qu'ordinaire finalement. On ne peut être insensible à ses souffrances, celles d'un homme victime de paranoïa, persuadé que le monde conspire contre lui.
C'est une œuvre majeure, une chance qu'un homme de cette envergure nous ait laissé le journal intime de sa vie.
Adil Salouane