Cela fait longtemps que Sylvain Tesson nous enchante de ses voyages en marge du monde, dans des récits qu’entre aventure et méditation, il relève de bonnes pincées d’humour et d’érudition littéraire. Après Avec les fées il y a deux ans où on le découvrait funambule des falaises et des récifs jalonnant la côte atlantique du cap Finisterre en Espagne aux îles Shetland en Ecosse, le voilà cette fois qui marche sur les pointes, sautant de par le monde d’un stack à l’autre, ces piliers, aiguilles ou pinacles de pierre séparés du littoral par l’érosion.
Ils sont cent six exactement, dont la moitié jusqu’ici encore vierges, à avoir subi au cours des années les assauts de Tesson et de son ami grimpeur Du Lac. Autant d’éperons et d’appendices verticaux pour les exploits sportifs d’un homme échappé de la chaise roulante à laquelle le promettait son accident en 2014, mais aussi pour les variations d’un récit qui, en dépit d’une verve que n’aurait pas reniée Cyrano de Bergerac, finit d’autant plus par tourner en boucle qu’il décline à l’envi, de nez en nez, pardon de stack en stack, les mêmes réflexions que dans son précédent livre.
Alors, bien sûr, l’on se régale toujours des habiletés de plume, de l’humour astringent, des références littéraires et de l’ode à la liberté chantée par ce réfractaire à la modernité et à ses dictatures qui s’invente le « stackisme », cet entêtement à tenir bon face à la vague du conformisme consumériste, comme philosophie de vie. Entre aventure, poésie, méditation littéraire et hommage aux vulnérables beautés de la nature que l’activité des hommes n’a pas encore compromises – et là, comme l’auteur d’ailleurs, de souhaiter qu’ils ne soient pas trop nombreux, ceux prêts à tout pour planter leurs fanions sur ces derniers mètres carrés échappant à l’emprise humaine –, le lecteur trouvera en ces pages suffisamment de combustible pour entretenir encore son enthousiasme.
Toutefois, à défaut d’être lui-même encore vierge de l’empreinte tessonienne, force lui sera de se demander ce que ce dernier ouvrage apporte à l’oeuvre de l’auteur. Deux fois le même livre en deux ans : l’érosion risque de s’en prendre à l’attention des lecteurs, surtout les plus fidèles…
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