La rentrée littéraire sur les radios de l'Arc jurassien
Travailleur d'usine, poète, clochard, majordome, écrivain, dissident national-bolchevick.
Limonov a tout fait ou presque.
Né Edouard Savenko, il veut d'une vie riche, vibrante, à l'image de l'histoire de la Russie, dans laquelle il nous plonge depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale.
Finir au Goulag ou en prison, c'est une fierté pour les jeunes comme lui, en pleine époque communiste de l'URSS.
Il réussit à s'extirper de la misère de travailleur d'usine en écrivant de la poésie, mais à quoi bon être poète si personne ne le reconnaît ?
A 32 ans, il quitte la Russie sans garantie de retour, comme un expatrié, un traître.
Arrivé à New York, il est confronté au monde capitaliste, et finit dans la rue.
Mais la rue le fait écrire. Sur lui, ce qu'il a vécu en Russie, ce qu'il vit ici, les jeunes Noirs qu'il suce et par qui il se fait enfiler, comment il fait sa place en devenant l'amant de la bonne chez Steven, milliardaire qui utilise son pied-à-terre New-Yorkais une fois par mois. C'est brut, presque brutal, mais très contemporain. Personne ne veut le publier, sauf un éditeur français. A Paris, où il reste 9 ans, il se taille rapidement une réputation dans les milieux à la mode grâce à la sortie de son livre Journal d'un raté. Mais en 1989, au bout de 15 ans d'exil, les portes de Moscou s'ouvrent à nouveau.
Emmanuel Carrère a pensé cette biographie en la plaçant dans un rappel historique étroitement lié à la vie de Limonov. Suivre Limonov, c'est comprendre plus de 60 années d'histoire russe et européenne. Carrère explique, contextualise par des interventions personnelles, nous parle de sa rencontre avec Limonov, son héros idéalisé, de la déception de cet échange plutôt pauvre avec un homme qui s'est pourtant confié jusqu'à la moëlle tout au long de sa vie dans ses livres.
Et c'est avec ces livres que Carrère construit l'histoire de Limonov, qui a recherché la célébrité par tous les moyens et su s'adapter à toutes les situations : « Je fais partie des gens qui ne sont perdus nulle part. Je vais vers les autres, les autres vont vers moi. Les choses se mettent en place naturellement. »
Malgré beaucoup d'erreurs, Carrère note que Limonov restera fidèle à une seule conviction : se mettre toujours du côté des faibles.