Mes forêts
7.3
Mes forêts

livre de Hélène Dorion (2021)

Sans doute faut-il être canadien, avoir connu l’immensité silvestre pour pleinement comprendre cette poésie, me suis-je dit souvent. Car elle n’a suscité souvent que mon indifférence, en dépit de qualités certaines.

Malgré des expressions assez jolies, j’ai l’impression d’avoir parfois lu des banalités assez navrantes (« le feu / qu’on entend venir / on dirait une bête / prête à tout dévorer »). Dorion décrit avec grâce certains aspects d’un arbre, mais a peu suscité mon imagination, ne m’a pas beaucoup fait sentir la masse, l’épaisseur des forêts. Pour la comparer à un autre auteur au programme au baccalauréat, Ponge dans La Rage de l’expression a selon moi mieux su décrire l’impression que donne une promenade dans une pinède.


La première partie du recueil, composée de poèmes très courts, qui présente la forêt dans son éternité, est faible. Les sections suivantes sont plus intéressantes, qui décrivent notamment le saccage de la nature : la poétesse parvient à nous communiquer une sourde angoisse, la conscience d’un point de non-retour, un sentiment d’impuissance. C’est même intéressant de voir comment cette poésie contemporaine sort du rôle traditionnel – célébrer les beautés de la nature – pour prendre à bras-le-corps les problèmes actuels. Là aussi, la dénonciation des écrans et des réseaux sociaux verse parfois dans la facilité, mais j’ai trouvé intéressante la façon dont elle oppose aux « écrans » (qui font écran, cachent plus qu’ils ne font voir) une perception directe, beaucoup pus sensible de la nature. Il y a donc une vraie réflexion sur notre rapport à la nature en péril, sans didactisme.


Enfin, le recueil finit par une belle cosmogonie, ainsi qu’une belle histoire de l’humanité, qui prennent en compte la violence faite aux Premières nations, comme on dit au Canada, à travers notamment la mise à mal de leur rapport spirituel à la nature, l’homme ne recherchant plus l’harmonie avec celle-ci, mais sa domination. Là aussi, Hélène Dorion nous fait entendre une autre voix.


Ascyltus
6
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Journal de lecture 2023

Créée

le 28 juil. 2023

Critique lue 136 fois

Ascyltus

Écrit par

Critique lue 136 fois

1

D'autres avis sur Mes forêts

Mes forêts

Mes forêts

6

Ascyltus

98 critiques

Nous n’irons plus aux bois

Sans doute faut-il être canadien, avoir connu l’immensité silvestre pour pleinement comprendre cette poésie, me suis-je dit souvent. Car elle n’a suscité souvent que mon indifférence, en dépit de...

le 28 juil. 2023

Mes forêts

Mes forêts

7

PaulNino

19 critiques

Ses forêts intimes

J'ai découvert l'univers d'Hélène Dorion après l'avoir rencontrée dans un autre recueil de poèmes aux éditions Bruno Doucey qui s'appelle Dessinées (un choix de poèmes sur l'amour et les femmes, avec...

le 21 sept. 2025

Du même critique

Le Français va très bien, merci

Le Français va très bien, merci

7

Ascyltus

98 critiques

Les linguistes vont très bien ; quant au français...

Ce pamphlet propose une mise au point intéressante et bien documentée sur ce qu’est la linguistique, mais, en raison de son caractère très polémique, ne m’a pas tout à fait convaincu de la validité...

le 13 sept. 2023

Mémoires de deux jeunes mariées

Mémoires de deux jeunes mariées

9

Ascyltus

98 critiques

Critique de Mémoires de deux jeunes mariées par Ascyltus

Balzac est un des écrivains les plus inégaux qui soient. Ainsi, dans ces Mémoires, il peut écrire des choses tout à fait ridicules, comme : « L'Abencérage n'a pas sourcillé, la coloration de son sang...

le 3 nov. 2022

Simone - Le voyage du siècle

Simone - Le voyage du siècle

7

Ascyltus

98 critiques

Veil que Veil

Près de trois heures après la fin de ce film, il continue à me plonger dans la mélancolie ; je me disais au moment où commençait le générique, que j’aurais besoin d’une distraction légère ce soir,...

le 31 oct. 2022