« C’est la question de la mort qui crée toute la confusion. La course de taureaux est le seul art où l’artiste est en danger de mort et où la beauté du spectacle dépend de l’honneur du combattant. » Au milieu de l’immense œuvre littéraire d’Ernest Hemingway trône, ouvrage incongrue, un précis de tauromachie. « Si j’avais pu faire que ce livre fût complet, il aurait dû contenir tout. » Contenir toute l’Espagne, et sans doute en déborder, un peu. Contenir l’ensemble de ces fantomatiques figures de toreros espagnols de l’entre-deux-guerres, et leur cortège de picadors dont les noms sont égrenés tout au long de l’ouvrage. Hemingway est entré pour la première fois dans une arène pour s’essayer au métier d’écrivain, pensant que le spectacle de la mort violente, « une des choses les plus simples de toutes », était particulièrement favorable à l’écriture. Il lui faudra cinq ans pour finalement écrire sur les courses de taureaux. Ce livre est un précis, en ce qu’il démontre une érudition certaine de son auteur vis-à-vis des règles, des coutumes et des mœurs afférentes à la tauromachie espagnole, qu’a pu consciencieusement relever Hemingway au cours de ses nombreux séjours ibériques. Rien n’est laissé au hasard, du choix du siège à la meilleure façon de planter la banderille. Cet ouvrage d’aficionado plus que d’écrivain mélange à ces observations pratiques les considérations philosophiques de son auteur et est parcouru d’anecdotes puisés ici et là dans cette Espagne des années 20 et 30 qui ignore encore de quoi sera faite sa fin de cette moitié de siècle, et avec laquelle Ernest Hemingway entretient un rapport qui tient sans doute du romantisme. « Nous sommes fascinés par la victoire, et c’est la défaite, au lieu de la mort, que nous cherchons à éviter. C’est d’un symbolisme bien joli mais il faut plus de cojones pour être de la partie dans un sport où la mort est un partenaire. »