Lee Chang-Dong est un cinéaste sud-coréen. Scénariste, réalisateur et producteur. Je n'ai jamais vu un seul de ses films. Lee Chang-Dong écrit également. En France Nokcheon est paru en 2005 et recueille la nouvelle éponyme et une seconde, Un Éclat dans le Ciel. Réalisme populaire et études de caractères, les deux textes jouent de l'anonymat des campagnes pour mettre en scène
des personnages ordinaires face à l'indicible.
Le mutisme sensuel des regards et les espoirs d'évasion d'un côté, la violence inhumaine de l'autre et les impasses où elle pousse celles et ceux qui la subisse.
Nokcheon est le siège de l'irruption dans la vie tranquille d'un couple sans histoire du jeune frère de l'époux. La confrontation des caractères, des idéaux, la résurgence du passé. La rencontre aussi. Les possibilités, les choix. L'idée qu'on choisit toujours plus ou moins consciemment d'emprunter une voie plutôt qu'une autre. Un Éclat dans le Ciel, c'est la violence d'État, aveugle, insensée, démente. La négation de l'individu et la question de sa reconstitution une fois l'orage passé. Derrière les deux récits, les amours se tissent, les rancœurs se taisent ou explosent, les haines s'ingèrent en ressentiments. Derrière les deux personnages principaux, l'humain se confronte à ses désirs, à ses tentatives de fuite autant qu'à ses faux-pas. Il en ressort
une atmosphère de dégradation individuelle,
où les personnages meurent à petit feu de l'abandon de leur âme à l'indispensable paraître social.
Tous les vêtements étaient suspendus en grappe au mur comme s'ils
étaient allés eux-mêmes se pendre.
Lee Chong-Dang interroge son pays, creuse l'Histoire d'une Corée rongée par la suspicion et ses effets pervers : le renfermement sur soi, la méfiance latente, l'inconfort de l'existence poussée sans aucun sens vers une destination inconnue, sans aucune autre promesse que de petits bonheurs à l'horizon pour se soustraire un instant à la morosité. Et l'on retrouve
comme cette chape de grisaille sur le réalisme social extrême-oriental,
où l'individu nié dans le système ne peut y trouver sa place, ne peut que rêver, à défaut d'y échapper, de s'y soustraire. Sans bruit, discrètement. Ne laissant là que quelques histoires à méditer.