Dès l'introduction, l'auteur nous rappelle une humilité que tout historien devrait avoir, l'Histoire est soumise aux rigueurs de son temps, ainsi du temps des têtes couronnées, seule l'histoire des monarques importait alors qu'aujourd'hui, ce sont bien plus les histoires des nations qui nous retiennent ce qui dénote déjà clairement que la profession a changé et donc qu'elle peut encore changer !
Globalement jusqu'à la guerre de Cent ans, la notion de nation n'existait pas, même celle de régionalisme parait bien faible : quoi de plus étonnant, les portes-étendards sont pour la plupart des mercenaires ou des nobles qui ne portaient naturellement que leur couleur, plus haut, les monarques et autres suzerains n'avaient aucune attachement de patrie vu qu'ils étaient pour la plupart des bâtards obtenus dans des mariages d'alliances... Sans armée, sans fonctionnaire ou sans taxe, difficile de concevoir l'appareil administratif et par extension la nation.
Sinon ben la Renaissance, la belle blague cette époque de renouveau intellectuel où nous avons rasé deux continents en tuant tous ses habitants, cette époque de guerre civile entre protestant et chrétien, cette époque de totalitarisme absolue notamment à Genève sous Calvin.
Signalons au passage que pendant ce temps, les chrétiens et les juifs étaient tout à fait tolérés dans l'empire ottoman.
Mehmet conquiert Constantinople et se proclame empereur romain...Qu'un musulman le fasse est tout aussi hors de propos qu'un catholique et Charlemagne s'y est déjà essayé...
Des nations? Ici la France fait presque exception car pour le reste Charles Quint né et élevé à Gand, grand héritier de la famille des Habsbourg, règnera sur l'Espagne, la Bourgogne, l'empire germanique, Naples...
Arrivons à Louis XIV qui présenté comme un grand monarque avait une étiquette qui conférait au ridicule, a massacré les protestants, a laissé mourir de faim durant les mauvais hivers son peuple et a lancé des guerres sur son bon vouloir capricieux...
C'est la Révolution qui commence à réellement se demander ce qu'est la France en y intégrant sa composante essentielle qu'est le peuple.
N'oublions pas Napoléon qui a conquis le reste de l'Europe pour leur apporter la "démocratie", un peu comme on peut le faire de nos jours...
La suite du récit sur l'histoire des derniers siècles est nettement plus connu, le colonialisme est un peu vite évacué. L'auteur nous rappelle qu'à l'époque de l'affaire Dreyfus, que ce fusse les juifs ou les italiens, il y avait déjà des victimes du racisme car à l'époque, l'identité nationale avait une définition puérile ou raciste. Les immigrés qui arrivent chez nous n'a donc rien d'une nouvelle problématique.
Au final, c'est surtout à un niveau ancestral et moyenâgeux que les billevesées de l'électeur moyen du Front national sont balayées comme annoncé dans le titre. Les parties contemporaines nous apprennent moins de choses mais nourriront néanmoins utilement la réflexion sur la vision de l'histoire à avoir à l"égard d'une nation.
L'ensemble de l'ouvrage se lit facilement, et même si les interventions de l'auteur sont fréquentes, elles n'en gâchent pas pour autant la lecture.