Lors d’une visite au musée du Quai Branly, Gabriela Wiener tombe en arrêt devant des « Statuettes qui [lui] ressemblent. » La salle où elles sont exposées porte le nom de son aïeul, Charles Wiener, son arrière-arrière-grand-père. Gabriela Wiener tente d’en apprendre davantage sur la branche péruvienne de sa famille, branche fondée par Charles Wiener. Descendant à la fois de colonisateurs et de colonisés, comment pourrait-elle trouver sa place entre les deux cultures ?
Récit autobiographique mêlé de réflexions autour de la colonisation, de l’appropriation de biens culturels par les pays colonisateurs, de la domination des blancs sur les autres cultures, Portrait huaco montre toute l’horreur des spoliations organisées avec la bénédiction des différents états concernés, dont la France. Charles Wiener fut mandaté par la France en 1876 pour mener une expédition au Pérou, et présenter ses découvertes à l’exposition universelle de Paris de 1878. Parmi les « trophées » ramenés par Wiener des centaines d’autochtones qui furent exposés dans de véritables zoos humains. Ainsi, comme l’écrit Gabriela Wiener, « des milliers de visiteurs ont payé une entrée pour voir des êtres vivants en captivité, sous prétexte de s’instruire. » (p. 95) Gabriela Wiener est très critique envers son aïeul, mais elle nuance son propos à plusieurs reprises. C’est en partie ce qui fait la richesse et la profondeur de ce livre. Elle évoque également sa vie personnelle, le polyamour et le sentiment de n’être jamais vraiment à sa place. C’est un livre qui fourmille d’idées, de réflexions, personnelles ou d’une portée plus universelle, un livre qui peut être une source inépuisable de questionnements. Un livre qu’on referme sur un coup de poing, avec une réponse qui arrive à la dernière ligne ou presque, et qui n’est pas celle qu’on espérait. Magistral !
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Merci aux éditions Métailié et à Netgalley pour le service de presse.