Première chanson de l'album "Perdu d'avance", Orelsan pose les bases de sa personnalité et chante ici sa mélancolie et ses doutes, loin des égo-trips si chers au rap traditionnel. On retrouve bien cette idée dès la première partie de la chanson: "Je m'invente une dignité dans les égo-trips. Mon album c'est les chroniques d'un névrotique". En effet, dès ce moment là de la chanson, on comprend que toutes ses punchlines habituelles et cet égo-trip n'est rien de plus qu'un façade, une manière de garder la tete relevée dans ce monde du rap où sa place a souvent été remise en question.
Les répliques qui suivent un peu plus loin commencent à nous faire comprendre là où il veut en venir: "J'crois qu'le bonheur c'est d'être autiste. J'ai des pensées morbides, j'ai pas besoin d'un docteur j'ai besoin d'un exorciste"). Il n'est plus du tout dans l'égo-trip, il le revendique en rapant son mal-etre dans une société dont il semble se sentir inadapté. Cette idée se précise d'ailleurs avec: "ça devient de plus en plus dur de rester sain, alors on cherche à jouir de la vie à s'en pêter le frein. Pantin, smicard, nocturne à temps plein, j'réfléchis à des trucs bizarres j'me fais des histoires sans fin. Seul face à l'homme dans l'miroir j'attends l'train. J'vis tard j'kiffe boire comme si y'avait pas de lendemain". Orelsan parle de cette errance d'une jeunesse entre deux ages, qui ne trouve plus sa place ni le sens de cette société anxyogène où on doit rentrer dans des extremes pour lacher prise, loin de ce quotidien contemporain oppressant.
Le refrain de la chanson, dont l'étrange sonorité peut déranger au premier abord, est en réalité parfaitement adéquat au thème. En effet, sa voix est modifiée par informatique pour donner l'impression qu'Orelsan n'est plus qu'un robot qui a perdu son humanité, seul, sans espoir et sans motivation, forcé à attendre que le jour se lève pour reprendre le cycle redondant de journées vides de sens, où, le désir de sortir de ce marasme est vain et n'apporte au contraire que davantage d'ennuis ("Fort en théorie, nul en pratique, on cherche à vivre des trucs fantastiques mais on fait que des conneries"). Ce constat acide le rend amer et il se renferme peu à peu sur lui-même, comprenant que rien ne l'attend dehors ("J'ai tout le temps la gueule dans mes ordis, j'ai plus envie de sortir, m'éclater...j'voudrais dormir des années, j'suis décalé. J'me lève quand la nuit tombe. A côté de mes pompes, j'regarde le monde se dégrader, noyé dans la pénombre.").
Il sait que cette vie morose, souvent angoissante et absurde, de mec lambda ne lui apportera rien, donc sa seule chance est d'en changer grâce à un futur succès en tant que chanteur. Ainsi, il s'épanouirait enfin enfin, épaulé par ses collègues et amis comme Gringe, Skread, et Ablaye, ses "étoiles invisibles" (début de la chanson: "J'suis juste une Tour de Pise que mes potes soutiennent", puis la conclusion qui illustre cette envie de s'envoler: "J'voudrais déployer mes ailes, rejoindre le ciel étoilé. Formaté par l'habitude, je m'enferme dans ma p'tite bulle, j'titube éclairé par la demi-lune. Epaulé par mes étoiles invisibles, 7ème magnitude. Certains rêvent de signer en major pendant qu'on en fabrique une").
A la fin de la chanson, il se persuade qu'il percera et c'est ce qui lui permet de poursuivre cette vie trop terre à terre, dans laquelle il ne se sent à sa place nul part. Grace à son reve de vivre de sa passion.