Dans l'histoire des séries annulées prématurément, Firefly tient une place particulière car elle prouve qu'il ne suffit pas d'être d'excellente facture pour enchainer les saisons et encore moins de boucler la première. La qualité du casting, la justesse de l'écriture, l'originalité de l'univers, tout cela ne pèse rien face au couperet de l'audimat. Malgré une base de fans fidèles et encore active quelques treize années plus tard, Firefly a succombé à l'appel du chiffre, terrassée dans le dos par des Bounty hunters cravatés. Quand la créativité se désagrège face à la rentabilité.
Firefly, c'est d'abord l'oeuvre d'un homme : Joss Whedon. Véritable chef d'orchestre, il supervise tous les secteurs de sa création, allant même jusqu'à composer le générique qu'il jouera à la guitare et chantera dans une version inédite présente dans les bonus des dvd. Comme il l'avait déjà fait avec Buffy, Whedon installe un univers fantaisiste mais totalement cohérent. On retrouve dans Firefly les thèmes qui lui sont chers. Si la SF prend une place non négligeable, c'est définitivement l'aventure humaine qui prend le dessus. Car Firefly est avant tout l'histoire d'un équipage de neuf personnes, avec des personnalités et des motivations différentes. C'est ce lien qui va lentement se tisser entre elles qui va provoquer un étonnant panel d'émotions que peu de productions, encore actuellement, sont capables de générer. Ici, pas de manichéisme, tous les protagonistes ont des raisons d'agir qui peuvent se justifier. Il en découle toujours des choix moraux délicats et chaque épisodes est le lieu de frictions au sein du groupe.
Au sein du Serenity, véritable dixième personnage construit en grandeur nature, on suit le quotidien de l'équipage qui n'aspire qu'à vivre simplement, loin des vicissitudes qui gangrènent les planètes isolées et la mainmise de l'Alliance. La richesse proposée par la série, que ce soit au niveau du background des personnages ou de l'univers SF-western, affichait de superbes promesses et un terreau fertile pour une multitude d'histoires passionnantes. Chaque personnage possède un caractère unique et un passé solide qui nourrissent des échanges animés et toujours dans la perspective d'enjeux définis et lisibles.
Un épisodes après l'autre, on apprend à mieux connaitre chaque membre. Leurs choix sont toujours difficiles, il y a rarement de "bonne" décision mais seuleument la moins pire. On sent, malgré le peu d'épisodes tournés, qu'une osmose s'est créée entre les acteurs et ça se voit à l'écran : une complicité subtile qui transforme un casting cohérent en bande de potes. Il n'y a qu'à voir les scènes de repas collectif pour se laisser aspirer et caresser jalousement l'envie de faire partie, quelques instant, de cet équipage.
Firefly fût un échec car trop ambitieuse. Une chaine comme la Fox se devait de ratisser large et donc de proposer une série formatée pour le grand public. Si la série avait été produite par une chaine câblée, sa réussite était assurée. On imagine avec peine des séries comme Battlestar Galactica, Rome ou Deadwood survivant sur une chaine "publique". Avec un Whedon qui peut actuellement s'offrir n'importe quel projet, après les ratages public et critique que sont Dollhouse et Agent of Shield, on peut timidement espérer qu'il reprenne les commandes du Serenity. Avec un équipage et un background vieillis de 15 ans... Mulder reprend bien du service, pourquoi pas Mal Reynolds et sa clique ?