Je ne saurais dire si pour le monde francophone les Chroniques de San Francisco est un monument d'initiés, la quintessence du roman de gare qui se lit tout seul ou juste une série de livre que tous les brocantiers en bas de chez moi ont en leur possession et qui clairement, ne doit pas se vendre si bien que ça. Il n'en reste pas moins que s'il y a bien une œuvre littéraire (en dehors de GoT) qui devait avoir son petit revival télévisuel, c'est bien celle-ci. Forcément, ayant lu les livres, une comparaison se doit d'avoir lieu mais je pense malgré tout qu'il n'est pas nécessaire de les avoir eu entre les mains pour apprécier les qualités certaines de la série.
Les Chroniques reposent sur un concept assez simple mais bougrement efficace: la mosaïque. Autrement dit une collection de personnages souvent hauts en couleur qui vont être amenés pour X raisons à interagir les uns avec les autres. Dans les livres, cela donne donc lieu à des petits chapitres très courts mais toujours percutants dans leur manière d'amener les choses, que ce soit à en rire ou à en pleurer, voir même un peu des deux en même temps. Si je devais forcer le trait, tout en faisant une comparaison qui fait sens pour le lecteur franco-français, je dirais que si Kathrine Pancol avait beaucoup plus d'humour, tombait moins dans le mélodrame du quotidien et, bien entendu, ne faisait pas d'immenses pavés, elle aurait certainement pu écrire les Chroniques de San Francisco.
Ce qui rend le tout très agréable, c'est justement cette collection de personnages hétéroclites qu'on suit sur une longue période et qui empruntent tous des chemins très différents, ce qui a pour défaut que certaine storylines peuvent paraître faibles comparée à d'autre.
Globalement, la série m'a parue assez superficielle et longuette par moment. Mary Ann par exemple, un personnage assez central dans les livres, est reléguée à une greluche sentimentale et irrationnel. Je ne parle même pas des deux jumeaux "millenials", caricature toute droit sortie de l'esprit d'un quadragénaire désabusé qui ne doit d'ailleurs, faire rire que lui. MAIS, parce qu'il en faut un, il y a deux personnages qui pour moi portent la série au rang de petit chef-d’œuvre discret: Michael et Anna Madrigal.
Autant mettre les pieds dans le plat tout de suite et parlons représentation des LGBTQ+ dans les produits culturels de notre temps et laissez moi vous dire que c'est la merde. C'est la merde parce que dorénavant, on voit toute sorte de promotions basées sur le fait que tel personnage est de telle orientation sexuelle dans telle série. Comme si l'intérêt premier du public résidait dans ce facteur. Vous voulez un exemple: Batgirl de la CW. Le personnage aura beau être écrit par un scénariste bourré, ça n'aura aucune forme d'importance. Certain diront que ce n'est là qu'une logique commerciale de plus et d'autres iront voir si l'herbe est plus verte ailleurs. Spoiler Alert, elle est effectivement plus verte.
Je ne vais pas spoiler outre mesure mais je pense qu'on a affaire ici à un propos aussi rare que précieux et qui ne donne pas forcément une image très (trop ?) pure de la communauté mais incroyablement plus juste et nuancé. Ce qui est assez étonnant puisque le reste des personnages rassemblent les pires clichés que l'on ose encore faire, ce qui m'a certes arraché quelques sourires bien jaunes, mais rien qui ne m'a rappelé ce dont les livres étaient capables.
C'est peut-être un poil raté côté adaptation mais le côté feel good et les séquences émotions dramatiques font clairement le travail.