Quelque part entre génie et foutage de gueule?
J'ai suivi Lost. J'ai commencé à devenir vraiment accro dès la saison 3 et son incroyable conclusion. Je me posais des questions sur tous les mystères de l'île, je lisais des théories fumeuses sur des forums et parfois j'en faisait moi même et j'en débattais.
Puis les saison s'enchaînant, les mystères ont continué à s'épaissir et les réponses à ne pas affluer en masse. Des voyages dans le temps, un gus immortel, une cabane mystèrieuse, j'en passe.
Pour en arriver à la fin de la saison 6 à une conclusion qui ne dit rien et suggère à peine, vous laisse là, comme un abruti, à avoir suivi un machin d'une complexité inouïe pour une série télé grand public pour finalement ne pas avoir de réponses. Je comprend aisément ceux qui hurlent au scandale, mais toutefois je n'en fais pas partie, et voilà pourquoi:
Lost n'est au fond pas une série de science fiction, mais plutôt une espèce de drama épique suivant le destin plus ou moins tragique de personnages brisés (dans leur âme et/ou dans leur corps, comme Locke) qui vont, après d'innombrables péripéties improbables, finalement trouver le salut par l'aventure et le chemin qu'ils ont vécu ensemble. "Aller de l'avant, passer à autre chose". C'est le message final venant de Christian Shepard, qu'on interprète ou pas selon ses convictions religieuses, sa vision de la vie, dans une scène très ouverte et touchante de beauté, de simplicité. Tout ce qu'il y a eu autour n'est autre que du show, de l'esbroufe, un plus qu' agréable divertissement presque parfaitement écrit (un gros presque, car on ne peut fermer les yeux sur certains points obscurs).
Ce n'était rien d'autre que du divertissement, qui a trimballé le spectateur d'un bout de l'île à l'autre, a trituré son cerveau dans tous les sens pour en définitive flirter avec la trahison, le "tout ça pour ça". Il serait toutefois idiot de renier, si l'on est déçu, tout le chemin parcouru, le plaisir de suivre quelque chose de dense, complexe, riche, de voir évoluer des personnages profonds et parfois ambigus.
Un divertissement fidèle à lui même jusqu'au bout: Nous avons été perdus, nous le serons jusqu'au bout, à nous de nous imaginer ce qu'il en est vraiment, comme nous l'avons fait en regardant pendant toutes ces années. Car, oui, cette fin est tellement mieux qu'un vulgaire truc fermé qui aurait je suis sûr fait hurler les mêmes qui hurlent à la fin ouverte. Une machinerie aussi énorme ne pouvait pas s'en sortir autrement. C'était couru d'avance.
Je tiens quand même à dire que si ce final est à mes yeux génial et parfait, avec le recul je pense que cette saison 6 est un échec complet, contrairement aux magistrales 5 autres.
Les scénaristes avaient là l'occasion de donner des réponses, au lieu de ça ils se sont perdus et au moment le plus important ont rempli la série de vide. Ou comment donner le bâton pour se faire battre donc. Et si le double épisode final conclue très bien cette saison en résolvant de manière inattendue son mystère principal (les flashs alternatifs), il ne peut répondre à toute la série, car ce n'était pas son rôle (et ça aurait été très indigeste). C'était celui d'une saison 6 baclée et pas à la hauteur du divertissement dont je loue les qualités depuis plusieurs lignes. Voilà qui m'empêche d'attribuer un 10, et a failli me faire donner un 8.
Malgré cet accroc, Lost restera une série unique et un phénomène sans précèdent, à la richesse incroyable, permettant des débats et discussions passionnés (on peut faire ça avec Prison Break, vous pensez? haha). Je comprend les déçus, les irrités, mais honnêtement ça m'a vendu du rêve. Et au fond c'est tout ce qui comptait.