https://leschlamedias.wordpress.com/2016/05/08/marseille-saison-1-un-epouvantable-canular-grotesque-et-embarrassant/
Alors que Netflix annonçait développer sa plate-forme de visionnage en France, ils nous promettaient dans le même temps produire une série se déroulant à Marseille. Après presque deux ans de teasing, la séries Marseille débarque enfin sur nos écrans. Les médias sont généralement plutôt doux dans leurs critiques culturelles, voire même euphémistique. Cette fois tout le monde est unanime et a décidé de descendre le show. La diatribe dont le coup d’envoi avait été donné par Le Monde des séries parle d’une seule et même voix : c’est mauvais, très mauvais. Les médias auraient-ils raison ? Malheureusement, oui.
La série prend donc place dans un Marseille d’aujourd’hui, autour de Robert Taro, le maire (Gérard Depardieu) et Lucas Barrès, son adjoint (Benoît Magimel). En fin de mandat, le premier laisse le flambeau au second qui devra reprendre la mairie pour assurer un avenir prospère à la ville. Mais à l’occasion d’une vote controversé, pour le réaménagement du port, l’adjoint trahit son mentor et offre sa voix contre le projet. La guerre est donc déclarée, alliant mafia, journalisme et cités, et Robert Taro va tout mettre en oeuvre pour se réinsérer dans le jeu politique et contrer son fourbe disciple.
Jusqu’ici, rien de bien fantastique et d’original. On a eu l’habitude de suivre des événements bien plus palpitants et singuliers dans House of Cards, Borgen, Scandal ou même Baron Noir. Pas de grosse prise de risque, pas d’ambition même, une simple mairie, on a beaucoup de mal à s’impliquer dans l’épopée scénaristique. Les rebondissements sont de faible ampleur, d’une crédibilité qu’on a du mal à envisager, dignes d’une sitcom de seconde zone. On a parfois même l’impression de suivre un épisode de Plus Belle la Vie : « en fait, je suis le père de machin », « eh ben moi je suis la fille de machin », « eh ben moi, tac, pour la peine en fait je suis un méchant », « et moi je suis lié à la mafia, tadam ! ». Une odyssée d’une platitude sans bornes qui nous plonge dans un ennui profond et nous emmène à reculons vers l’épisode suivant. Les twist/cliffhanger finaux sont prévisible et sans réelle influence sur l’attrait du spectateur sur ce soap opera planplan. Les personnages sont peu, mal, voire pas du tout développés et changent d’état d’esprit et de comportement en un claquement de doigts sans que l’on en comprenne vraiment la raison.
La forme ne parvient pas non-plus à prendre le dessus pour corriger le fond. Malgré quelques belles images, les scènes sont globalement très banales voire mal filmés, avec une caméra épaule tremblante. Les acteurs réussissent-ils à relever le niveau ? Toujours pas… Gérard Depardieu, bien que le personnage de la vie publique étant détestable, a toujours été un acteur relativement bon dans sa filmographie, commettant parfois quelques faux pas mais jamais rien d’irréparable. Il semblerait que cette fois, le point de non-retour ait été atteint avec une prestation plus que moyenne. Il est entouré d’acteurs secondaires mauvais, avec une écriture déplorable des répliques qui n’aide pas et qui sonne faux. Mais le pire, le top of the pop de la médiocrité, revient à Benoît Magimel. Son accent marseillais est forcé, grotesque, absolument pas crédible, son interprétation est pitoyable, misérable, on assiste également à une loterie hasardeuse : une scène il a son accent marseillais, l’autre il ne l’a plus, les paris sont ouverts. Dès lors qu’il trahit le maire, il se transforme en un ridicule cliché du mafieux italien des années 90 qui jette sa cigarette par terre et ne dit pas merci lorsqu’on lui tient la porte. En somme, burlesque, catastrophique.
Au delà des répliques mal écrites, des acteurs mal dirigés, de la caméra mal maîtrisée, ce qui choque encore plus, c’est l’ouverture d’esprit de la série. Tour à tour, on assiste à des échanges sexistes, racistes, homophobe, tout y est. « C’est comme une femme et une maîtresse, on garde la première et on plante la seconde », « Les pinces fesse, ça te met le feu au cul hein », « Moi je n’ai rien contre la parité sauf quand elle vient du lit ». Les femmes, dans Marseille, sont des objets, qui plus est exclusivement sexuels. Si dans House of Cards Netflix avait réussi à montrer Claire, la femme de Franck Underwood, comme puissante, capable de fourberies, tout autant que son mari, du côté de la Canebière, aucune ne sort du lot, elles ne sont que des trophées, sans importance ni responsabilité. On assiste même à des scènes d’une absurdité sans conteste où la fille du maire pardonne bien rapidement une tentative d’agression sexuelle et se fait par la suite impressionner par une bague et une grosse voiture.
Côté représentation ethnique, on bat de nouveaux records. Les blancs, au pouvoir, qui occupent des postes importants, les noirs et les arabes* campent plutôt de faibles rôles, tantôt sous-fifres, tantôt délinquants, fainéants. On notera cette réplique sublime pleine de bon sens : « Dans mon quartier tout le monde deale, je te rappelle que je m’appelle Sélim ». Champion du monde de racisme. La palme d’or est cependant attribuée au penchant homophobe de la série, avec ces quelques lignes d’une profondeur extrême : « Ce mec est complètement con, pas achetable et pédé comme un phoque. Tu veux aller sur la banquise ? » Scandaleux. Ces répliques plus honteuses les unes que les autres génèrent un sentiment d’embarras chez le spectateur qui ne comprend pas vraiment ce qui lui arrive. Le climat de tolérance en France n’étant pas encore, en 2016, au beau fixe, ce n’est pas la série qui fera avancer la question.
Marseille sonne donc comme l’aberration de l’année 2016, le seul élément potable étant le générique plutôt agréable. La série sera-t-elle rentable ? Sûrement, puisque les deux premiers épisodes seront diffusés le 12 mai sur TF1 et rassembleront probablement un grand nombre de curieux. Une seconde saison sera-t-elle produite ? On ne l’espère pas.
- Note : Les termes « blancs », « noirs » et « arabes » sont ici employés pour désigner des groupes de personnes dans ce que l’on a construit d’eux, en ce qu’ils sont représentés et non pas comme un bloc homogène, avec l’acceptation qu’il s’agit d’une représentation construite et non pas d’une réalité naturelle.