Prison Break
5.9
Prison Break

Série FOX (2005)

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Baser une série de 4 saisons sur l'évasion planifiée de son grand frère, ça paraît irréaliste ? Prison Break l'a fait. Et le résultat est plutôt sympathique.


Dans la saison 1 de Prison Break, les dés sont jetés dès le premier épisode : Michael Scofield, ingénieur surdoué, cherche à faire s'évader son frère accusé à tort, Lincoln Burrows, d'une prison à sécurité maximale pour lui épargner la peine de mort.
Un début séduisant, qui promet de la nouveauté dans les séries à milieu carcéral. Il faut dire qu'avec le charismatique Wentworth Miller et le bien bâti Dominic Purcell, il y a d'autres arguments en jeu que le simple scénario. Sans compter que les voix des acteurs sont charmantes, entre le doux timbre calculateur de l'un et le ton, plus brutal et maladroit, mais agréable aux oreilles, de l'autre (effectivement, c'est un fantasme que j'assume totalement, et je l'assortirai d'un conseil : regardez cette série en version originale !).
Dans cette première saison donc, en plus d'avoir des liens qui se tissent dès le départ, et pas nécessairement avec des enfants de chœur (comme un violeur pédophile, un patron de la mafia... Vous me suivez ?), on a droit à une visite guidée complète de la prison de Fox River. Bien que la succession d'obstacles se mettant en travers de la route des deux frères puisse paraître lassante, il n'empêche qu'ils ne manquent pas de crédibilité et qu'ils parviennent efficacement à nous tenir en haleine dans les épisodes qui s'enchaînent. Sans oublier les abominables cliffhangers, qui laissent le spectateur bien en peine de se détourner de l'écran.
Bref, on se retrouve avoir englouti 22 épisodes sans avoir réalisé que c'était déjà fini, avec des personnages et des situations plein la tête, et cette satisfaction jouissive de voir Scofield toujours avec un coup d'avance.


La saison 2 est, elle aussi, plutôt bien maîtrisée. On est spectateur d'une suite logique de la première saison, avec les imprévus que les situations précédentes ont amenés. Cette fois, on assiste à une fuite en avant pour s'en sortir, avec une mise en scène permettant de voir le chemin que prend chaque détenu évadé. On assiste ainsi à un jeu du chat et de la souris entre deux esprits brillants : celui de la confrontation entre le fugitif Michael Scofield et l'agent du FBI Alexander Mahone. Un jeu d'autant plus prenant que les deux acteurs déplaçant leurs pions n'ont pas vraiment rien à se reprocher.
En parallèle, on retient son souffle pour un John Abruzzi pas si réformé que ça, on compatit pour le trop jeune Tweener, on espère pour un Sucre prêt à tout, on craint pour C-Note (parce que c'est un bon bougre, quand même), on s'attache à Haywire et sa naïveté à la fois maladroite et touchante, et on admire, méprise et se laisse surprendre par la personnalité plus complexe qu'il n'y paraît T-Bag. Lincoln, lui, n'a pas vraiment d'espace pour s'exprimer, parfois un peu trop laissé dans l'ombre de son génie de frère. Quant à Sara, on ne peut que croiser les doigts tout en suivant sa progression. Enfin, Bellick, que je qualifierai d'antagoniste secondaire, n'a vraiment pas le bon rôle dans cette deuxième saison (m'enfin, il ne l'avait pas dans la première non plus).
En définitive, cette deuxième saison est à la hauteur de la première, et nous fait en plus en apprendre davantage sur le fameux Cartel. Dommage, donc, que la série ne s'en soit pas arrêtée là.


Car il faut avouer que la saison 3 de Prison Break est une belle déception. On tombe dans la surenchère combinée à une résurgence d'action et de violence la plupart du temps inutiles. Le discours introduisant la nouvelle prison de laquelle Michael va devoir à nouveau s'évader paraît d'ailleurs presque risible : « La pire vermine y séjourne. Les hommes dont aucune prison ne veut sont là. Ils ont déclenché une telle mutinerie il y a un an que les gardiens sont partis ; ils les ont laissés seuls. Un millier de voleurs, de violeurs et d'assassins. Le gouvernement ne s'en mêle pas. Sona, c'est un endroit qui n'a qu'un aller simple. Une fois qu'on est à l'intérieur... on n'en ressort jamais. » Et tout ce joli petit soliloque est couplé d'une mise à mort assistée par des vivats animaux des autres détenus sous les yeux perdus de Michael Scofield. Eh bah, perdu, il n'est pas le seul à l'être. Où est passée la subtilité de la situation ? Où sont nos nuances de gris ? On ne peut que regretter les deux premières saisons.
Quant aux nouveaux personnages présentés, ils manquent sérieusement d'imagination. Un chef tyran qui dirige la prison du haut de sa tour d'ivoire ? Un pêcheur faussement louche qui est exigé par le Cartel ? Une assassine sans scrupule qui menace des pires châtiments pour les êtres aimés ? Sérieusement ? Un des seuls à échapper aux clichés du genre, c'est éventuellement Louis McGrady, le jeune Panaméen de 17 ans qui aime le basket, mais qui manque singulièrement de sel comparé à notre regretté David Apolskis.
C'est triste à dire, mais le scénario n'est pas assez bon pour rattraper ce terrible gâchis. Le tunnel providentiel qui sort du chapeau magique une fois qu'ils passent un accord avec Lechero, c'est quand même un peu trop facile. Quant aux flash-backs tire-larmes qu'on nous ressort à toutes les sauces, n'en parlons pas. Ce n'est pas dans les épisodes de manière omniprésente, mais c'est suffisamment récurrent pour devenir franchement lourd.
Alors, oui, je suis assez dure avec cette troisième saison, mais comme on le dit si bien : « Qui aime bien châtie bien ». Pour ma part, j'ai été tellement emballée par les deux premières saisons que cette pauvre suite se révèle être une déconvenue trop grande.
Toutefois, ce n'est pas pour cela que tout est à jeter. Là où nous regrettions un grand frère un peu trop passif dans la saison précédente, Lincoln Burrows se montre ici être capable de faire, lui aussi, de jolis coups d'éclat, quand il en a l'opportunité. On retrouve un T-Bag plus en forme que jamais, et un Sucre toujours aussi utile et animé de bonnes intentions. Les liens père/fils et oncle/neveu se resserrent autant que l'étau autour de L.J. alors qu'on a un plus grand aperçu de la brute au grand cœur qu'est Lincoln, qui se trouve même à avoir le béguin pour quelqu'un (après Veronica, on était un peu désespérés). Les deux frères s'endurcissent encore un peu plus, et la détresse de Michael est vraiment touchante.
Pas une déconvenue complète, donc. Mais une déconvenue quand même. Heureusement, ce massacre ne dure que 13 épisodes à la place des 22 habituels. Parce que c'était prévu comme ça ? A cause d'une baisse d'audience ? Un contrat avec la chaîne ? Je ne sais pas, et je m'en fiche. La saison s'arrête là, et c'est tant mieux.


La saison 4, elle, a heureusement le mérite de remonter le niveau. Nous revoilà avec une équipe qui fonctionne, son lot de tensions et d'alliances, et on ne peut que soupirer de soulagement. Le scénario remonte avec Scylla, le livre noir du Cartel qui permettrait une bonne fois pour toutes de régler ses comptes aux protagonistes principaux ; pas de nouveaux personnages désastreux si ce n'est ce Roland Glenn (un jeune hacker informatique asiatique, qui se sent de trop dans l'équipe... Je continue ?) utile seulement à un niveau purement narratif ; malheureusement, ça se sent. Aucune empathie pour ce branleur arrogant, et ce ne sont pas les « La ferme » des autres qui vont nous faire changer d'avis. La seule forme d'empathie qu'on peut avoir, liée un tant soit peu à ce personnage, c'est quant on est témoin de l'indécrottable compassion coupable de Michael (heureusement que Wentworth Miller est bon).
Mais revenons à nos moutons. Nous revoilà en compagnie d'un T-Bag fantastique, et on a droit à un vrai objectif pour chacun. Un final (d)étonnant se joue pour Bellick, et il faut avouer, on a fini par l'apprécier, celui-là. Les épisodes s'enchaînent de nouveau sans problème avec les plans de Michael toujours plus jouissifs. Les personnages s'expriment, le scénario avance, on arrive à une conclusion. Dans l'épisode 12, tout est bien qui finit bien... Ah bah non, on retombe dans la surenchère. Alors que la série pouvait se terminer là avec un final tout à fait satisfaisant, on nous annonce que ça continue.
On a encore 10 épisodes à se farcir, et on commence à craindre le pire pour une série pourtant si prometteuse. Finalement, ce n'est pas une débandade totale, ouf. La situation est sauvée par la condition de Michael qui contraint Lincoln a faire un choix radical et un retournement de situation en ce qui concerne Scylla.
La connaissance de Christina (cette #?@\~!&+) n'est pas un choix des plus utiles, si ce n'est pour confronter davantage les deux frères. Ce qui laisse un choc, quand même. Alors qu'ils semblaient être inséparables comme les deux doigts d'une main malgré leurs différences flagrantes, ne les voilà plus dans le même camp. Un coup de poing qui fait du bien, mais quand même, ça brise un peu le cœur. Là encore, les performances des deux acteurs principaux sont à saluer ; ils sont vraiment bons.

Finalement, on a enfin droit à une vraie fin, très satisfaisante aussi. T-Bag a cette conclusion douce-amère qui lui convient si bien, pour quelqu'un qu'on ne sait jamais vraiment comment aimer ou détester. Don Self s'est en quelque sorte puni lui-même ; quant aux frères, c'est à la fois simple et triste. La seule fin réellement insatisfaisante pour un personnage, je dirais que c'est celle du général Krantz. L'effet boucle n'a ici pas lieu d'être, selon moi, et ça me semble être une définition un peu trop simpliste de la justice qu'on nous sert là pour une série remplie de nuances de gris ; mais bon, il ne faut pas oublier que c'est une série américaine, qu'on regarde.


Enfin, pour terminer cette critique, je parlerai rapidement du film, Prison Break : The Final Break. Soyons clairs, cela n'atteint pas le niveau des deux premières saisons de la série. En plus, inconvénient pour un téléfilm, il me semble être bien compliqué de comprendre enjeux et personnages sans connaître la série.
Il n'est pas mauvais, cependant. Il est même bon ! On a une belle relation centrale avec Michael, et quelques explications supplémentaires sur le final de la dernière saison. Voir notre ingénieur préféré avec un plan en tête est toujours aussi jouissif, et on aime les personnages qu'on retrouve. Et pour une fois, surprise surprise ! Nous voilà dans un milieu féminin en ce qui concerne la prison. Et ce n'est plus Michael qui est enfermé ! Pas une simple répétition du début comme la saison 3 a eu le malheur de faire, donc. Tout ça est donc bien sympathique, mais seulement si on est déjà amateur de la série. Et là aussi, on a une fin satisfaisante (au milieu de mouchages de nez intempestifs assortis de larmes de crocodiles pour les sensibles dans mon genre, certes).


Quant à la mini-série évoquée apparemment pour cette année, je n'en ai pas pas appris davantage. Est-ce un fait confirmé ? Bonne question. Si elle se produit, nous aurons, il semblerait, des explications pour le retour inattendu d'un personnage censé être mort. Alors, à quoi s'attendre ? Pas à quelque chose dans le genre de la saison 3, j'espère.
Il n'empêche que si elle sort un de ces quatre, en bonne poire indécrottable que je suis, j'irais certainement la visionner.

RebeccaMesnil
6
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le 18 févr. 2016

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Rebecca Mesnil

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