Sherlock Holmes version TV Asahi (1984), c’est un peu comme si on te proposait un thé à l’anglaise avec un soupçon de sake : l’essence du célèbre détective est là, mais tout est filtré à travers le prisme d’un anime japonais, avec ce qu’il faut de fantaisie et de charme visuel. Si tu t'attendais à retrouver l’ambiance brumeuse de Londres, avec des répliques cinglantes échangées dans des salons feutrés… eh bien, tu y es, mais avec des personnages anthropomorphiques, et une touche d’absurde tout droit sortie des folies animées de l’époque.
La série se distingue immédiatement par son choix audacieux de transformer Holmes, Watson et toute la clique en animaux, principalement des chiens. Oui, tu as bien lu, des chiens. Sherlock est un chien finement moustachu et Watson, son fidèle complice, est un compagnon canin un peu potelé et toujours à la traîne. Ce concept peut surprendre au début, mais l'absurde s'installe tellement bien dans la structure de l’intrigue que tu oublies assez vite que le plus grand détective du monde renifle les mystères plutôt que de les déduire. Ce choix visuel donne à l’univers de Conan Doyle une dimension cartoon aussi loufoque qu’attachante.
Les enquêtes, même si elles restent globalement fidèles à l’esprit des récits originaux, sont souvent simplifiées et réinterprétées pour un public plus jeune. Ici, les meurtres sanglants et les trahisons complexes cèdent la place à des énigmes un peu plus "légères", mais suffisamment intéressantes pour capter l’attention. L’esprit de déduction est là, mais il est souvent accompagné d’un humour bon enfant, et de quelques clins d’œil typiquement japonais : course-poursuite rocambolesques, gadgets improbables, et des rebondissements dignes des films d’action animés.
Visuellement, la série est un régal pour les amateurs d’anime rétro. Les décors londoniens sont redessinés à la sauce nippone, avec un charme certain, et les couleurs vives donnent à l’ensemble un côté "pop" que les adaptations traditionnelles de Sherlock Holmes n’ont jamais osé explorer. Le style d’animation est un peu daté, mais c’est précisément ce qui fait son charme. Les décors oscillent entre les pavés mouillés des rues victoriennes et des intérieurs plus excentriques, où chaque détail semble venir d'un rêve un peu trop sucré.
L’incontournable professeur Moriarty, le némésis de Sherlock, prend ici des allures de méchant de dessin animé classique, un peu cabotin, un peu ridicule, mais toujours prêt à tendre des pièges farfelus à notre détective préféré. On est loin du Moriarty terrifiant des adaptations plus sombres, mais sa version canine apporte une légèreté bienvenue, rendant les confrontations entre lui et Holmes plus proches d’un duel de génie maladroits que d’une lutte à mort.
Les relations entre les personnages sont, elles aussi, réinterprétées sous un jour plus amical et jovial. Loin du duo parfois grinçant que forment Holmes et Watson dans les versions plus sérieuses, ici, ils sont presque comme deux copains qui se baladent d’aventure en aventure, résolvant des énigmes comme s’ils jouaient à un jeu de société géant. Holmes reste brillant, bien sûr, mais il a cette touche d’humour et d’autodérision qui adoucit son caractère, le rendant accessible même pour ceux qui trouvent habituellement ce génie un peu froid.
Côté musique, les compositions accompagnent parfaitement cette version colorée et légère de Sherlock Holmes. Les thèmes sont accrocheurs, un peu kitsch par moments, mais c’est ce qui donne à la série cette ambiance si particulière. Les mélodies rétro te plongent directement dans l’ambiance douce-amère des animes des années 80, où l’innocence du ton était omniprésente.
Si cette version de Sherlock Holmes ne conviendra peut-être pas aux puristes qui veulent du mystère, du drame et des intrigues tordues à la chaîne, elle a le mérite de proposer une alternative pleine de charme et d’originalité. C’est une série qui prend l’essence même de l’univers de Conan Doyle et l’emballe dans un paquet cadeau coloré, avec une grosse touche d’absurde et de folie visuelle.
En résumé, Sherlock Holmes version TV Asahi est un curieux mélange de mystère, de comédie et de dessins animés rétro qui, malgré son côté décalé, parvient à capturer l’esprit du plus grand détective du monde tout en lui apportant une légèreté inattendue. Si tu cherches un Sherlock Holmes différent, plus mignon, plus absurde, et plus animé (littéralement), alors cette série est une petite pépite d’étrangeté qui mérite le détour.