Spartacus
6.7
Spartacus

Série Starz (2010)

Voir la série

Spartacus est l'une de mes séries de coeur, et l'une de celles que j'ai eu le plus de mal à faire regarder à qui que ce soit. Et ça n'a rien d'étonnant : de l'extérieur, ça semble n'être qu'une avalanche de cul et de tripes, avec une direction artistique qui repompe 300, et cet horrible sang numérique mal foutu des années 2010.


Et c'est partiellement exact :


• Remplie de cul ?

Clairement, je n'ai jamais vu autant de culs, de seins, de muscles huilés et de teubs à l'écran. Et tant mieux, j'aime voir des gens nus, surtout lorsqu'ils sont tous magnifiques et s'emboîtent en slow motion, éclairés à la bougie. D'autant plus qu'il y en a pour tous les goûts car la série est joyeusement décomplexée et offre son lot de baise et de romances queer (de plus en plus à mesure qu'elle progresse).

Là où ça marche, c'est que tout le monde est logé à la même enseigne et les gladiateurs sont même les principales victimes de l'objectification et l'exploitation érotique par leurs maîtres et maîtresses, ce qui retourne beaucoup de tropes sexistes sur la tête.


• Bourrée de gore ?

Absolument, et c'est tant mieux, car j'aime des bons combats sanglants et brutaux, où ça se cisaille joyeusement les jarrets sans aucun respect pour le réalisme et les limites physiques : on a des glaives rouillés qui tranchent net des têtes, des combattants qui sautent à 3 mètres. Il faut accepter le parti pris de la série, qui se permet n'importe quoi tant que c'est épique et badass.

Je me dois aussi de saluer la qualité des chorégraphies de combats, inventives et généreuses, qui n'ont cessé de me faire glapir d'approbation.


• Copié sur 300 ?

En partie, et j'aime beaucoup l'esthétique de 300, justement. Le premier épisode de Spartacus est... vraiment hideux. Mais la série trouve peu à peu son propre style et ose beaucoup de choses, esthétiquement, avec des plans composés, des surimpressions, ou des transitions inventives. La moitié du temps, c'est un peu loupé à cause du manque de moyens, et toutes les scènes d'arènes sont grossièrement filmées sur fond vert... ça se voit, c'est difficile à ignorer.


o o o


Heureusement, Spartacus est LOIN de n'être *que* ça.


C'est une série remarquablement bien écrite, aux intrigues adroites et aux arcs de personnages ciselés, dont les enjeux dramatiques s'entrecroisent, se percutent et se renforcent dans un crescendo de suspens et de pathos rarement égalé dans d'autres séries. Les personnages sont sans cesse montés les uns contre les autres, confrontés aux ambitions contradictoires de leurs amis ou alliés, et poussés à s'entre-déchirer par des forces qui les dépassent, sans que ça paraisse artificiel ou forcé.

C'est réellement un travail d'orfèvre, qui n'a cessé de m'enchanter jusqu'au fabuleux dénouement de la première saison. Les dialogues ne sont pas en reste, avec un traitement étonnant dans sa version originale, qui donne un petit cachet antique, grâce à ses tournures de phrases imagées et son vocabulaire coloré.

"Venez pour le cul, restez pour la dramaturgie", en serait un bon slogan.


Ces intrigues sont portées par un ensemble de personnages qui commencent comme des stéréotypes, mais prennent tous une épaisseur incroyable au fil des épisodes. Par exemple, l'un des 'antagonistes', présenté comme un connard imbuvable et le bully de service, m'a fait chialer deux épisodes plus tard, par un adroit travail de script pour le rendre humain et touchant...

Et ça fonctionne à 100%, avec quasiment tout le casting, vis-à-vis duquel on oscille sans cesse entre "quel connard" et "pauvre doudou", deux fois par épisode. Ce qui ne gâte rien, c'est que la plupart de ces personnages sont visuellement flamboyants et presque tous canons, dans des styles très différents qui les rendent immédiatement identifiables et mémorables.


Ne vous attendez pas à des miracles en termes de jeu, car beaucoup des acteurs ont été recrutés pour leur 6-pack et 2% de gras dans le corps, leur paire de mamelles, ou leur énorme teub, donc les performances dramatiques s'en ressentent parfois un peu, mais la série est si... extravagante et théâtrale dans sa présentation et l'intensité presque absurde de ses enjeux, qu'il est aisé de lui pardonner cette faiblesse, si vous la regardez dans le bon état d'esprit, sans pinailler sur les détails.

Ce petit bémol ne concerne bien sûr pas John Hannah, absolument exceptionnel dans le rôle de Batiatus (central dans les saisons 1 et 0), et qui vole le show dès qu'il est à l'écran. Mais beaucoup d'autres sortent du lot et la série aligne les personnages mythiques : Crixus le Gaulois invaincu, Varro et sa dégaine de statue grecque, ce petit con d'Ashur, ou encore Oenomaus, leur entraîneur sculptural. Et la liste ne fait que s'allonger au fil des saisons.


o o o


Quelques avertissements :


■ Le premier épisode est franchement hideux. Le second se cherche encore, esthétiquement, et la série ira en s'améliorant avec le temps, mais ça reste la fête du fond vert et des incrustations foireuses dans des décors en basse résolution.

Dans mon souvenir, c'est un problème qui concerne surtout la saison 1. Après ça, la série semble avoir largement augmenté son budget ou son savoir-faire technique, et ça se passe beaucoup mieux.


■ Même si la série est sexuellement diverse et qu'elle inclut plusieurs personnages féminins remarquables et finement écrits (Lucy Lawless et Viva Bianca en tête), ça reste ce qu'on pourrait qualifier de "série pour bonhommes", avec des enjeux assez masculins, des histoires de fraternité virile où on se met de l'huile entre deux entraînements sur le sable sacré où naissent les légendes.


IMPORTANT : L'ordre de visionnage idéal est celui des dates de diffusion


• Saison 1 : Blood and Sand

• Saison 0 : Gods of the Arena (un préquel à voir APRES la saison 1 pour éviter les spoilers)

• Saison 2 : Vengeance

• Saison 3 : War of the Damned

• House of Ashur (Fausse suite, sortie en 2026, qui reprend brillamment le flambeau)

Créée

le 22 févr. 2026

Critique lue 20 fois

Ezhaac

Écrit par

Critique lue 20 fois

2
2

D'autres avis sur Spartacus

Spartacus

Spartacus

3

Troll

46 critiques

This is Spartacus

En règle général, je finis quelque chose avant de le critiquer, moins par éthique personnelle que parce que j'ai peur de passer pour un con (on a les motivations qu'on peut). Mais là, bon, comment...

le 19 juil. 2010

Spartacus

Spartacus

9

archibal

719 critiques

Avec sa bite et son glaive

Les premières images laissaient craindre du post 300 de série B, il est d'ailleurs plus que probable que Starz ait surfé sur la vague initiée par le film de Snyder sorti quelques années plus tôt. Du...

le 14 nov. 2016

Spartacus

Spartacus

8

DZombie

24 critiques

Une série (TV) B !

J'ai, je l'avoue, d'abord connu cette série par le biais de captures qui montraient la poitrine de Lucy Lawless... Cela (il faut le dire) m'a plutôt titillé sachant qu'à l'époque de leur diffusion...

le 19 juil. 2010

Du même critique

Martyrs

Martyrs

9

Ezhaac

863 critiques

Expérience traumatique

Peu de films ont su me retourner comme l'a fait Martyrs. Je vais éluder le débat stérile sur la légitimité du thème de la torture au cinéma et partir du postulat que la vocation première du film...

le 22 juin 2010

Chernobyl

Chernobyl

5

Ezhaac

863 critiques

Le Prix du Mensonge

Noter Chernobyl est le grand écart le plus déchirant que j'ai fait sur ce site. En tant qu’oeuvre cinématographique, je lui donnerais un solide 9, mais pour son discours et ses implications...

le 28 mai 2021

Sweeney Todd - Le Diabolique Barbier de Fleet Street

Sweeney Todd - Le Diabolique Barbier de Fleet Street

4

Ezhaac

863 critiques

I feeeeeeeeel you, Johaaaaaanaaaaaaaaaa !!

Avec une photo gothique à souhait et un Johnny Depp qui fait peur, le film partait plutôt bien, d'autant qu'une fable romantique sur le cannibalisme n'était pas pour me déplaire, sur le papier. Mais...

le 30 sept. 2010