On a du mal à reconnaître Oh No Ono ! Après la new wave discoïde de Yes, les Danois expérimentent autre chose avec Eggs. Véritable plongée dans la pop psychédélique des années 60, ce troisième album révèle encore plus le talent de ses auteurs. Plus ambitieux que jamais, plus sûrs de leur fait et du son qu’ils veulent donner (l’album a d’ailleurs été enregistré dans des endroits inhabituels : en forêt, sur des plages ou dans des usines abandonnées), les cinq Oh No Ono sortent un album épatant fait d’arrangements luxuriants et de défis harmoniques. Il y a là des cordes, du piano, du mellotron, du clavecin et des champs choraux qui portent chaque morceau vers de sommets. Le groupe bâtit sur du sable de vraies cathédrales à partir d’une écriture pop pure qui réconcilierait pro-Beatles et pro-Beach Boys. En même temps, Oh No Ono met là une touche de modernité et se protège de la tentation nostalgique. Oh No Ono, c’est autre chose, à l’instar d’Animal Collective dont ils pourront aussi perçus comme la version grand public. De même, derrière le positivisme affiché des mélodies, il n’y a pas une béatitude au bonheur mais une noirceur en sentinelle, comme en témoignent Swim et ses cordes sourdes et funèbres. Bilan, ce sont là de vrais chef d’œuvres éphémères comme peut en générer parfois la culture la plus populaire dont le groupe semble vouloir se réclamer. Ainsi, il y a parfois un petit côté Comédie Musicale dû aux voix chorales, notamment sur The wave ballet qui passe d’une ferveur presque chrétienne à une déclaration d’amour païenne au Dieu pop avec naturel. Tout ceci se déroulant dans une production diffuse éclairée par des halos de lumières divines. On pourra passer des années à tout analyser, chaque pièce de ces puzzles harmonieux et mélodiques mais le plaisir est lui immédiat. Pop is beautiful !