Lion
6.2
Lion

Album de Peter Murphy (2014)

Avec son dixième album, Peter Murphy a mangé du Lion. A moins qu’il ne soit fait manger par Youth, son producteur.

Avec le recul, la carrière de Peter Murphy est loin d’être indigne. En dehors de toutes les modes, il a tracé une bonne petite discographie, arrivant à sortir de bons albums (Cascade par exemple en 1995) et arrivant même à s’affranchir de son style 100% anglo-anglais en y insérant des ingrédients de world music ; Murphy vit en Turquie depuis vingt ans, ceci expliquant sans doute cela. Rien ne semble avoir eu raison de lui, ni même l’échec de la reformation de Bauhaus (réussi quand il s’agit de partir en tournée, raté quand il s’agit de sortir un nouvel album), ni l’annulation d’une tournée mondiale avec Brendan Perry, qui s’annonçait excitante, ni des récurrents problèmes de santé. Peter fait sans cesse mentir la célèbre Loi qui porte son nom.

Trois ans après Ninth, Voilà donc Lion, retour en force de Peter Murphy dans son album, le dixième, qui se veut le plus ambitieux à ce jour. Le production est ample, grandiloquente voire même symphonique, avec son déluge de cordes et son côté romantisme noir exacerbé à l’extrême. Cette puissance évocatrice est la grande force du disque mais elle en est, malheureusement, son tombeau. Il faut dire que Murphy a confié la production de son disque à Youth et phagocité par ce dernier, le producteur tire le songwriter du côté de son propre groupe Killing Joke. Un peu moins new wave et un peu plus indus gothic avec même, ce grand interprète de Peter Murphy, comparé souvent à David Bowie, se complaisant à ouvrir le même regard exorbité que Jaz Coleman. Tout aspect ethnique se retrouve rangé au placard sine die. La fragilité des mélodies et des lignes vocales semblent écrabouillées par une production et des arrangements grandiloquents et pompiers. Même les morceaux qui partent sur de bons rails se retrouvent gâcher par ce parti-pris d’en foutre plein la vue (Compression). Et on finit par s’ennuyer ferme, là où l’on devrait s’émerveiller. Avec Youth, le mal nommé, on aurait pu imaginer que Peter Murphy retrouve une seconde jeunesse, mais le songwriter anglais passe du statut d’artiste atemporel à celui de musicien un peu daté, rappelant The Mission de Wayne Hussey ou le Paradise Lost, période Host. En l’occurrence, on penche plus vers un sentiment de « lost » que de « Paradise »…
denizor
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le 4 juil. 2014

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