Le label rennais Peter I'm Flying (Margo, Playdoh) lance une nouvelle collection malicieusement appelé Pardon my french. Le principe : sortir un album où seront groupés 5 titres d'un jeune artiste assorti d'autant de remixes de ses originaux réalisés par d'autres plus établis. Cinélux est le premier à s'y coller. Pratiquant un post-rock dit "métronomique" influencé par le Krautrock de Can, la musique du trio est d'abord authentiquement faîte pour la scène. Bidouillages électroniques, dispositif vidéo, longs instrumentaux guitare-basse-batterie… à l'écoute de la musique, on imagine complètement ce que cela peut donner, entre concert et performance. En même temps, le fait de n'avoir que le son n'est pas décevant car la musique de Cinélux est particulièrement tripante, se distinguant de la majorité de ses homologues post-rockeurs par ses choix rythmiques (d'où le "métronimique"). Cinélux choisira donc de mettre en avant une batterie et des beats répétitifs mais alambiqués, des samples mis en boucles mais tordus. Chez Cinélux, la machine n'est huilée qu'en apparence ou bien a-t-elle des tendances schizophrènes qu'on ne lui connaissait pas ? Derrière ces rythmiques hypnotiques, des guitares "shoegaeziennes" peuvent poindre (Hollie ou My Bloody Valentine 2003 ?), une voix mortifère peut commencer sa litanie (Une porte : Ian Curtis vs Dj Shadow) ou une guitare claire entamer sa sérénade (Hydrocephalus, proche de l'esthétique Morr). L'univers sonore de Cinélux est riche et complexe et les remixes ne vont faire qu'accentuer ce constat. Capitol K mixe deux titres pour faire son The Butter and the milk dont le groove chaotique renvoie aux Talking Heads ou à Happy Mondays. Pour son remix d'Hollis, Le bien nommé Machine Drum va faire ralentir puis emballer la machine quitte à provoquer l'accident. Mais c'est encore Tepr, sur les traces d'Avril pour sa relecture de Rob qui va révéler le cœur même de la musique de Cinélux : derrière les machines et les dispositifs, ne transparaît qu'une profonde mélancolie.