Remonter le temps avec Aline
Aline, pour le journal Platine, nos mères et les amateurs de variété douteuse (parmi lesquels je m’inclus), c’est une chanson au refrain criard sortie par Christophe en 1965 et faisant désormais fureur dans les karaokés. Mais pour le journal Les Inrocks, vos potes et les amateurs de musique branchée, c’est surtout un groupe composé de quatre marseillais et ayant sorti son premier album en janvier dernier. Un album qui, à l’instar de celui de Granville (autre formation « in » du moment), laisse penser qu’il se passe actuellement quelque chose en France, sur le terrain de la musique pop.
C’est ce même « quelque chose », trop nostalgique pour être qualifié de révolutionnaire, qui nous a valu de voir les BB Brunes abandonner les années soixante pour s’acheter un best-of Daho, et qui pose les premiers albums d’Indochine comme des références absolues en matière de branchitude. La mode est un éternel recommencement, qu’on se le dise.
Cependant, le projet d’Aline est moins franchement passéiste que celui des deux groupes précédemment cités. Si voyage il y a (et la pochette de l’album nous invite à le croire), celui-ci est tout aussi spatial que temporel. Bien sûr, les incontournables échos à Daho et Sirkis sont bien là, notamment dans ce phrasé rarement mélodieux, cette manière de chanter une peu gouailleuse, et cette voix toujours en équilibre entre des graves artificiels et des aigus d’adolescent qui mue. Quiconque a déjà fredonné Partenaire particulier comprendra très bien de quoi il est question. Son seul mérite est souvent de conférer aux titres un caractère épuré, aérien (Elle et moi, Voleur !). Dire que la voix n’est pas le point fort du groupe est donc un euphémisme, et l’on se surprend parfois à regretter qu’elle vienne gâcher des introductions pourtant tout à fait prometteuses.
Car s’il est une chose que le groupe a hérité des années 80 auxquelles il dit vouer un culte, c’est le sens de la mélodie facile, instantanée et addictive, du gimmick qui transforme la petite chanson en petit bonbon (le clavier « funkytown » de Deux Hirondelles, notamment, ou ces improbables flûtes de pan synthétiques sur Teen Whistle). Ce n’est ainsi pas un hasard si le morceau le plus réussi, celui qui rend la touche « repeat » chatouilleuse, est l’instrumental d’ouverture, Les copains. Repris en clôture, il est à la fois introduction, conclusion et parfait résumé de tout le disque ; tant et si bien, d’ailleurs, que tous les titres apparaissent comme une simple variation sur le même thème. Certains regretteront la répétition, d’autres y verront plutôt un disque très homogène, qui s’écoute d’une traite, sent bon le sable chaud et l’ailleurs. Un disque qui a la sincérité de ne pas chercher à être autre chose que plaisant, et qui le fait terriblement bien. Une friandise au petit goût de « reviens-y » dont le principal défaut est peut-être finalement d’être sorti en plein hiver, tant on eût aimé en faire la bande originale de nos prochaines vacances estivales.
Souhaitons donc à Aline tout un tas de métaphores marines : qu’en surfant sur la vague du revival 80, les quatre marseillais provoquent un raz-de-marée. On y croit.