Le post-rock est un genre musical qui cultive un paradoxe. Ses figures imposées, véritables contraintes qui devraient brimer et brider les groupes, leur permettent_ si elles sont maîtrisées_ de laisser surnager une sacrée liberté. Avec Sincabeza, la rythmique tourne grave, le trio bordelais se permettant de breaker et d'être sans cesse en rupture. Dans sa formule ramassée et assis sur ses solides fondations rythmiques, Sincabeza peut se permettre quelques fantaisies, un coup de glockenspiel (arme de séduction massive dans le post-rock) par çi, une guitare lead par là, un clavier pop encore là. L'évolution se fait dans la nuance, ce qui n'est pas déplaire. Sincabeza a affiché les règles dès le début et tient son cahier des charges.
Mais dans sa formule minimale (encore que faut-il parler de minimalisme avec une rythmique aussi riche et brillante), le groupe va encore plus loin intégrant une trompette jazz puis free jazz dans son étau de fer (Je ne sais plus faire les divisions). Quant à la fin emportée par le tourbillon du glockenspiel, elle est tout simplement aérienne. Attention, n'allez pas croire que Sincabeza est un groupe intellectuel. Même instrumentale, la musique du trio, à l'instar des proches Gâtechien ou Room 204 , n'en oublie jamais ses racines (Shellac, Bob Mould, Girls against boys...soit de vrais et bons groupes de rock). Même sans tête, Sincabeza est un groupe qui sait très bien où il va. Ce qui constitue un deuxième et beau paradoxe.