Un troisième album des Libertines. Pour beaucoup, cette phrase a longtemps résonné comme une vieille vanne. Beaucoup d'espoirs déçus, notamment en 2007 et en 2010 suite aux concerts de Reading et Leeds, espoirs enfin comblés. Oui, les Libertines sont de retour, et visiblement en grande forme.
Ce groupe et moi, c'est une vieille histoire d'amour. J'adore les deux premiers albums, leur côté branlant, imparfait, leurs guitares désaccordés, leurs voix chaotiques et leurs textes mélancoliques. Et puis surtout, ces mélodies imparables, ces refrains mythiques à chanter en soirée. Deux excellentes collections de tubes que je ne manque jamais de réécouter.
C'est ce que j'attendais du nouvel album. Alors forcément, en apprenant qui était le producteur (celui des One Direction), en découvrant qu'ils allaient utiliser un synthé, et en écoutant le premier single Gunga Din, j'ai été dérouté. Je voulais de la pop-punk mal produite !
Bon, après plusieurs écoutes, voici enfin mon verdict. Et alors, que dire ? Que ceux qui s'attendent à du Libs pure jus vont être déçus. Oui, c'est beaucoup mieux produit. Au détriment des guitares sales, et à la faveur de la basse de John et de la batterie de Gary, ici beaucoup plus audibles. Le son est clair, propre, on a plus du tout l'impression d'être au milieu d'un boeuf de mecs bourrés.
A vrai dire, on croirait retrouver le groupe à ses tous débuts, sur la fameuse démo Legs XI, lorsqu'il pratiquait un rock beaucoup moins énervé. Cela se ressent notamment sur les nombreuses ballades de l'album, à commencer par la piste éponyme. L'électrique est troqué contre de l'acoustique, voire du piano (You're My Waterloo, que les fans connaissent déjà). Souvent sympa, parfois anecdotique (The Milkman's Horse ou Dead For Love, assez inutiles).
Heureusement, les refrains enthousiastes ne sont jamais oubliés : Barbarians, Fame and Fortune, voire Gunga Din, qui en plus voit le groupe évoluer vers un rock plus proche des Clash ou des Jam (influences historiques mais encore plus prononcées ici). Et puis la seconde partie de l'album atteint des sommets : l'excellente Glasgow Coma Scale Blues rappelle les meilleurs moments des deux premiers albums, et la déjà mémorable Heart of The Matter est tout simplement parfaite, avec un Doherty toujours aussi nonchalant. Pour moi l'un des meilleurs morceaux du groupe. Love on The Dole vient conclure brillamment cet effort, à moins que vous n’ayez choisi la version Deluxe de l'album qui contient trois anciens morceaux remis au goût du jour avec brio.
Alors que dire ? Attente déçue ? Non. Un groupe plus mature, qui évolue. En bien ? En mal ? Disons que ces deux gars là, Doherty et Barat, séparément, je ne les ai jamais trouvé formidables, par contre ils se transcendent ensemble. Et ça c'est classe. Pondez-nous pendant longtemps encore des tubes que je chanterai bourré !