La révolution, c'est tendance.
1969. Les hippies ont disparu depuis bientôt un an (non, je n'hallucine pas), et Woodstock verra l'East Coast y croire encore, pendant quelques jours. Les corporations du disque ne peuvent que constater qu'elles ont plutôt échoué à récolter les fruits monétaires de l'arbre de la révolution jeune (même s'ils se rattrapent un peu à Woodstock).
La plupart des idoles hippies sont des quasi-inconnus, des outsiders, jamais un album ou un single dans le top 100 (aujourd'hui des légendes et des idoles, le temps faisant bien les choses).
Mais l'audience existe, elle est sensible à des artistes aux ambitions politiques ou sociales. Donc quand, à Détroit, un groupe de gosses blancs (important pisque Détroit, c'est Motown quand même !), sponsorisé par John Sinclair (patron du White Panther Party) fait du bruit par des performances incendiaires, les compagnies de disque font un cent mètres pour les attraper.
ET COMMENT BIEN RESTITUER LA REVOLUTION ? AVEC UN LIVE, MA BONNE DAME.
Et la révolution est jeune, elle fait du bruit avec tout plein de guitares et un chanteur puissant, et des "come together" à tout bout d'champ, serrons nous la main camarade demain c'est nous qu'on dirige le monde.
Le contexte est passionnant. La musique l'est plutôt. Les guitares ont du punch, Tyner a de l'énergie à revendre, même s'il n'a pas beaucoup d'effets vocaux à revendre en dehors de chanter fort.
Ca manque de développement dans les morceaux, souvent longs, mais souvent volés par ci-par là (Lester Bangs en fait une brillante analyse dans sa destruction en règle de l'album : http://www.rollingstone.com/music/albumreviews/kick-out-the-jams-19690405), mais c'est de la tradition, j'irai jusqu'à un respect de la part de musiciens qui ont de l'habilité technique, mais visiblement pas des masses de temps (ou d'intérêt) pour écrire des choses qui dépassent une structure de blues ou de rock classique, étendues et distordues à l'envie.
Mais en gros, c'est des détails mineurs. Le groupe est solide et solidement lié, le mur de guitare est impressionnant (le saviez-vous ? Sonic Youth doit la moitié de son nom à Fred "Sonic" Smith, guitariste du MC5), et c'est beau, puisque le MC5 s'attaque avec une foi révolutionnaire à tout, qui rend leur musique fervente, à défaut de parfaite : des gens qui tentent une reprise de Sun Ra à la fin d'un album de rock distordu et démonstratif ne peuvent qu'être d'admirables idéalistes.
(Mais Iggy Pop fait mieux. :D)