Je dois avouer, ô blasphème, que la première fois que j'ai écouté cet album, c'était le réenregistrement de 2005. Depuis, j'ai réécouté cet album pas mal de fois, y compris la version originale de 1996, à la production complètement différente. Pour avoir écouté les deux, je préfère un peu la version de 2005 (plus froide), mais je pense qu'il est bon de tâter des deux versions pour se faire un avis.
Stormblåst raconte une nuit.
Chaque morceau est une facette de cette nuit, si commune et pourtant si unique, qui tombe régulièrement sur l'hiver norvégien.
Dès "Alt Lys Er Svunnet Hen", on entrevoit la lune qui se lève sur les villages congelés où il ne fait pas bon rôder dehors après le crépuscule. Le monde se pare de reflets bleutés et on sent le froid qui s'insinue dans les chaumières. On sent bien qu'ici, les nuits sont aussi mouvementées que les jours, même si la majorité de ce village imaginaire dort.
"Broderskapets Ring" nous évoquera la puissance grandissante d'un être se cachant la nuit, dans les bois. Mystérieux, invisible.
"Når Sjelen Hentes Til Helvete", pièce phare de l'album, vous mènera sur les bords de ces fjords silencieux, autour desquels rôdent les hordes de loups au pelage blanchâtre, mais qui ne s'approchent pas si près des côtes, par peur de ce qui se cache sous les profondeurs. Un pur moment de grâce neigeuse se cache par ailleurs dans cette piste.
"Sorgens Kammer" un excellent morceau, ne figure pas sur la version de 2005, à cause d'une sombre histoire de plagiat, je vous recommande tout de même d'écouter le morceau. Il participe encore à la tristesse de l'album.
"Sorgens Kammer del II" remplace cette pièce si importante de la version de 1996. Si les deux morceaux n'ont pas grand chose à voir, celui-ci transpire le péché par tous les pores de sa peau. Lent, insidieux, il évoque les pires choses qu'on peut faire, isolé ainsi du reste du monde, pour se réchauffer.
Et nous revoilà parti à l'extérieur de ces maisons où il se passe de drôles de choses, pour courir à nouveau dans la neige. Nous croiserons encore des hordes de créatures étranges peuplant le froid glacial, de terribles tempêtes martyrisant la terre au loin, bien au dessus du cercle polaire, et des esprits fantomatiques qui errent sur ces plaines inhospitalières.
Même si j'ai écouté quelques (très bons) albums de black depuis, Stormblåst garde encore une aura de givre et un souffle frissonant. Stormblåst est un album sincère, plein d'âme, y compris la version ré-enregistrée, qui conserve une bonne part de la simplicité de l'oeuvre originale. Bien loin des productions stéroïdées que le groupe publiera par la suite, il constitue un des albums incontournables du groupe et montre que Dimmu Borgir n'est pas aussi grossier qu'il n'y paraît, loin de là.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.