Durant l'ère d'Astérix en animation (actuellement toujours existante), un film plus sombre que les précédents s'était démarqué des volets légers et guillerets en proposant une histoire sombre et mélancolique. Un film nommé Astérix et le Coup du Menhir où les gaulois étaient face à des dangers angoissants ne pouvant être affrontés avec la Potion Magique...
...à savoir un Panoramix amnésique ne pouvant plus préparer la Potion en question ainsi qu'un devin sans scrupules nommé Prolix abusant dangereusement de leurs crédulités.
Vingt ans avant ce film, un album d'Astérix s'était également démarqué des autres en proposant une histoire plus triste qu'autre chose. Album ayant pour titre Astérix et le Chaudron. S'il n'est pas aussi sombre que Astérix et le Coup du Menhir, il n'en demeure pas moins triste et mélancolique. Et cela malgré le fait qu'il y ait de l'humour.
L'histoire est la suivante: César manquant d'argent pour lever des armées afin de mener ses conquêtes, il décide de financer ces dernières via l'argent des impôts. Notre village d'irréductibles préférés n'en payant pas, un chef gaulois cupide nommé Moralélastix décide d'y cacher son or dans un chaudron afin de ne pas payer l'impôt en question.
Manque de chance, malgré la vigilance d'Astérix à qui le chaudron avait été confié, l'or est volé.
Pour réparer sa faute, notre pauvre gaulois préféré se retrouve banni de son village jusqu'à ce qu'il remplisse le chaudron à nouveau.
Alors que l'on aurait jamais pensé voir ceci, nous voici face à un Astérix démuni tentant par tous les moyens possibles de trouver de l'argent sans savoir comment faire n'y connaissant rien au monde fonctionnant à l'économie. Le voilà marchand, combattant d'arènes, parieur...
...ou encore bandit et braqueur de banques.
Plus inimaginable encore, Astérix et le Chaudron est le premier album où l'on voit un Astérix incertain, résigné en larmes et dont le caractère irascible n'existe plus pour la comédie du râlage face à des situations agaçantes mais pour le drame d'un personnage face à une situation à la limite du désespoir qui pourrait bien ne pas se terminer sur un retour triomphal ou un banquet de joyeux ripailleurs.
(Enfin, ne nous leurrons pas. Ca reste un album d'Astérix donc forcément, ça finit bien.)
Par contre, ne vous imaginez surtout pas que Astérix et le Chaudron existe uniquement pour être dramatique. Après tout, ça reste du Astérix et il y a forcément de l'humour. En dehors d'un Obélix toujours aussi peu malin (mais étant toutefois d'un soutien émotionnel inédit pour Astérix dans cette histoire et plus seulement un faire-valoir de héros) et des amusantes baffes habituelles aux pirates et aux romains, Astérix et le Chaudron nous présente l'excentrique Eléonoradus, metteur en scène et auteur voulant rendre le théâtre "vivant", où l'on improvise, crie, critique le public, malgré la présence de comédiens ne jurant que par le théâtre antique. Un subtil mélange de la querelle entre les Anciens et les Modernes et du monde où les artistes contemporains ont bien du mal à se faire entendre dans un monde ne jurant que par les arts du passé. Et cela encore aujourd'hui.
En dehors d'Eléonoradus, Astérix et le Chaudron a également d'autres bons personnages tels le parieur refusant de voir des personnes tristes quand il est heureux et, surtout, Moralélastix lui-même. Antipathique et cupide, celui-ci n'hésite pas à commercer avec les Romains tout en cachant son hypocrisie à travers le fait "[qu'il leur] fait payer le double de ce qu'il demanderait aux gaulois."
Pire encore, un twist inattendu nous révèle que Moralélastix est encore plus ignoble qu'on ne l'imaginait. En effet, le vol dans le chaudron n'était, en réalité, qu'une mise en scène orchestrée par lui afin qu'il paie ses impôts pour bien se faire voir des Romains tout en étant sûr qu'Astérix le rembourserait faisant ainsi indirectement payer ses impôts par les autres.
Cette terrible révélation amène un cool combat entre ce méchant-surprise réussit et notre héros utilisant son glaive dont il se servait rarement jusqu'à cet album. Après tout, ce n'est pas pour rien qu'Astérix est un guerrier.
Toutefois, malgré ses grandes qualités, l'album a des défauts. En effet, alors qu'il est le personnage le plus charismatique de l'album, Eléonoradus est bien trop survolé pour être pleinement apprécié. De plus, sa troupe d'acteurs ne sont que des figurants interchangeables sans personnalité.
De plus, malgré un bon combat final, la fin demeure bâclée. En effet, alors qu'on voyait un Astérix désespéré renonçant à remplir le chaudron quitte à être banni du village pour toujours, l'espoir revient trop vite vu qu'une dernière occasion de remplir le chaudron arrive seulement quelques secondes plus tard. Il aurait été plus judicieux de consacrer une page entière à ce désespoir afin que le retour de l'espoir se fasse avec plus d'émotions et de soulagement pour que le lecteur apprécie pleinement l'histoire jusqu'à son final.
Vraiment quel gâchis!
Cependant, Astérix et le Chaudron est vraiment un excellent album méritant de se lire bien plus d'une fois.
Espérons qu'un jour, cette histoire pleine de qualités ait droit à son adaptation en film/série d'animation.